La douce éclosion des musiciens bobo-folk-décontractés

Benjamin Chapon et Magali Gruet

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L'heure n'est plus aux frimeurs flamboyants. Non, madame.

2009 est l'année des cools, écolo-concernés, mais pas relous non plus. Ils trimballent leur gratte, tranquilles. Se prennent pas la tête avec des productions léchées, parce que « ça ne leur ressemble pas », et préfèrent les sons roots. Trois exemples de chanteurs qui réinventent la « coolitude », et confessent une même méthode de travail : « Tout ça doit venir naturellement, d'un processus vraiment organique de composition. »

En tongs même en plein hiver, il ne quitte pas sa tasse de thé de la journée, et explique qu'il adore la France car on peut fumer et boire du vin dans la rue. Jason Mraz, 31 ans, a la pop-funk cool en intraveineuse. Lors de son dernier passage à Paris, cet ariste américain nous expliquait avoir été inspiré le matin même par le chant des oiseaux. « J'ai ouvert ma fenêtre, je les ai entendus, et je me suis mis à travailler sur une musique de film que je prépare », lance-t-il, affalé sur un canapé. Pourquoi le public aime-t-il sa musique ? « Sûrement parcequ'elle est peace and love. Les gens ont des problèmes, des peines de coeur, et on leur apporte du bon temps, qui les aide à réaliser pourquoi ils ressentent ça et comment aller mieux... ou peut-être qu'ils aiment juste les mélodies. » Même les galères n'égratignent pas sa flegme. Lors d'un duo en Asie, il se rappelle avoir vécu quelques minutes pénibles. « La chanteuse était snob, elle faisait comme si elle était trop bien pour être là. » Quelle a été sa réaction ? « J'ai souri, j'ai dit : "Merci, au revoir, bonne nuit." Vous savez, ce n'est qu'une chanson. »

Il nous montre ses tatouages parce qu'on a insisté : « C'est quand même un peu perso, tu vois. » Un ou deux prénoms féminins, des dessins kabbalistiques mais, surtout, une sorte de planisphère façon ying et yang. « Je me sens en fusion avec la nature, et je sais qu'elle est en moi, comme je suis en elle. L'homme a tort de faire la guerre à la nature... » Et là, on sent qu'on a branché Justin Nozuka sur son dada. Heureusement, il veut bien aussi nous parler de sa musique, une pop-folk plutôt bien fichue, qui cartonne gentiment chez lui et chez nous. Avec sa voix au grain « incomparable », le Canadien a été comparé à Jeff Buckley. « C'est naturel de comparer les artistes entre eux. Mais comme tout être humain, je suis unique. » Justin ne se fâche jamais. Un éditorialiste a écrit qu'il avait le charisme d'une plante verte : « J'admire le flegme des végétaux. Cet article m'a flatté, en fait. » Les hordes de jeunes filles qui viennent à ses concerts le flattent également. « Comme tout le monde, j'attends de trouver quelqu'un qui saura lire dans mon coeur et m'ouvrir le sien. »

Au café branché du quartier, on l'appelle Max. Grand brun mal rasé, Maxime Nucci est connu par les lecteurs de tabloïds comme l'ex de Jennifer. Séparé de la chanteuse, le Parisien connaît une seconde vie musicale avec Yodelice, alter ego qui chante des mélodies simples dans un anglais folk. « Longtemps, j'ai eu tendance à me cacher derrière la technologie, raconte Maxime, arrangeur pour les L5 et autres Postars, labellisés téléréalité. Avec le recul, je réalise que j'en étais arrivé à répéter des recettes. Et ça, c'est vraiment la mort de la musique. » Passé par de « vrais moments douloureux de doute », le jeune homme s'est isolé dans la maison familiale, en Espagne, où il a composé des chansons guitare-voix. Son premier disque sous le nom de Yodelice voit le jour, et la tournée marche plutôt bien. « Tout ce que je vis, là maintenant, c'est dément. J'ai l'impression d'avoir 16 ans à nouveau. Sur scène ou en répétition, j'ai des rapports naturels et sains avec les gens, sans parasitage. » Maxime est un repenti du formatage musical, mais ne crache pas dans la soupe. « J'ai un passé musical peut-être pas glorieux, mais qui m'a construit, qui fait partie de moi. » W