Hadopi: Les artistes s'invitent dans la discussion

INTERNET Cela faisait longtemps que les discussions ne portaient plus sur les représentants de la culture. Ce lundi après-midi, les députés ont parlé d'eux...

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Frédéric Lefebvre, député UMP à l'Assemblée nationale
Frédéric Lefebvre, député UMP à l'Assemblée nationale — CHESNOT/SIPA

Surprise, le ton était plus modéré ce lundi après-midi, lors des débats sur le projet de loi Création et Internet, dit Hadopi. Alors que le débat portait surtout sur le fonctionnement du Parlement, au détriment du fond, les artistes sont soudain revenus sur le devant de la scène.

C’est Frédéric Lefebvre, porte-parole et député UMP, qui a dégainé le premier en citant dans l’hémicycle la lettre ouverte envoyée à Martine Aubry, la secrétaire nationale du PS, par Pierre Arditi, Juliette Gréco, Maxime Le Forestier, Michel Piccoli et Bernard Murat. Dans cette lettre, ces artistes rappellent que la gauche est leur «famille» mais qu’ils ne comprennent pas les agissements des députés socialistes, lesquels ont voté «non» au texte anti-piratage le 9 avril dernier.

«En faisant échec au vote de cette loi à l'Assemblée vous nous avez adressé un message de rupture, écrivent-ils. Vous avez perdu notre soutien — peut-être n'est-ce pas si grave après tout? Mais il nous semble aussi, et cela est plus fâcheux, que vous avez également perdu votre âme. Quant à nous, nous restons de gauche, comme ça, quand vous le redeviendrez, vous saurez où nous trouver.»

Les pour, les contre


Pour l’opposition, c’est un argument en or massif. Selon Frédéric Lefebvre, la gauche ne comprend pas les artistes, un milieu traditionnellement de gauche. Mais l’opposition s’en défend. «Les artistes sont partagés sur la question. Cessez de parler en leur nom, exhorte Christian Paul, député socialiste. Chaque semaine, la proportion des artistes pour et celle des contre ne cesse de changer». Parmi les défenseurs de la loi, il y a Françoise Hardy, San Severino, Renan Luce, Bertrand Burgalat, Didier Lockwood et Dany, qui s’étaient réunis au théâtre de l’Odéon pour afficher leur soutien.

A l’inverse, on se souvient de la tribune écrite dans «Libération» par plusieurs personnalités du cinéma français, dont Catherine Deneuve et Louis Garrel. «La diversité de la création doit dès aujourd'hui revenir au centre de la réflexion sur les enjeux de la révolution numérique, peut-on lire sur leur blog contestataire, au même titre que la protection des libertés individuelles et des auteurs. Complètement oubliées dans ce projet de loi, elles sont pourtant les poumons de la création».

Le retour de Cali


Retour à l’Assemblée: cette fois, c’est Martine Billard, député Verts, qui invoque l’exemple du chanteur Cali. Celui-ci a dit en public que le disque était trop cher. Martine Billard enfonce le clou: pour elle, les majors font trop de profit. «Les producteurs se font des marges énormes et la différence de revenu de la Sacem ou de l'industrie du disque ne vont pas aux auteurs. De plus, si la diffusion sur support non physique est beaucoup moins chère que sur support physique, les gains réalisés vont directement dans les poches des majors.»

C’est assez rare pour le signaler: dans le cadre de la discussion sur Hadopi, les artistes servent aussi bien les arguments de la gauche que ceux de la droite. Mais pour Nicolas Sarkozy, il y a un vrai intérêt politique à ce cafouillage. «C’est une occasion pour lui de se mettre les artistes dans la poche», note Lionel Tardy, député UMP anti-Hadopi interogé par 20minutes.fr.

>> Les débats Hadopi reprennent ce lundi soir à 21h30 >>