Au Canada, la nouvelle chanson est garantie sans sirop

MUSIQUE La scène canadienne, anglophone et francophone, arrive en France...

Benjamin Chapon

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Il y a un mois, lors des Junos Awards (les Victoires de la musique canadiennes), Ariane Moffatt, Caracol, Karkwa et Coeur de Pirate se sont disputé la récompense d'album francophone de l'année. C'est Ariane Moffatt qui a décroché la timbale avec son troisième opus, Tous les sens. La chanteuse avait par ailleurs déjà remporté trois trophées lors de l'Adisq (les Victoires de la musique québécoises, ne pas confondre). Au-delà du succès d'Ariane Moffatt, c'est une nouvelle génération d'artistes francophones canadiens qui se taille aujourd'hui la part du lion au pays du caribou. Les chansonnettes adorables de Coeur de Pirate et le rock savant de Karkwa ont déjà débarqué sur nos rives ces dernières semaines. Aujourd'hui, c'est la pop enjouée d'Ariane Moffatt qui accoste en France. Impossible de rester insensible à ces chansons pleines de vies : drôles, dissolues, amoureuses, désenchantées ou enchanteresses. « Cet album est moins "spleeneur", plus léger, reconnaît Ariane Moffatt. Ce sont toujours des textes plutôt autobiographiques, mais moins impudiques, c'est donc plus facile pour moi d'en parler, moins menaçant. »

Des rythmes électro-groove et autres expérimentations sonores agrémentent ces nouvelles chansons. « Je suis le cobaye de mon propre laboratoire, s'amuse Ariane Moffatt pour s'en expliquer. J'aime faire se confondre toutes les musiques que j'ingère. C'est comme ça que j'essaie d'être créative. Après c'est à moi de travailler pour que ça ne fasse pas une "poutine". » Une quoi ? « C'est un plat de chez nous, avec des patates frites, plein de cheddar fondu, une sauce brune... Bon, O.K., en gastronomie, la France n'a rien à craindre du Canada ! » Parce qu'en chanson par contre... la créativité folle ,à l'oeuvre chez nos cousins, a de quoi susciter une certaine jalousie. « Je n'ai pas le goût de me limiter, explique Ariane Moffatt dans une tournure de phrase qui fleure bon le sirop 100 % érable. J'aime ouvrir les structures, faire sortir les chansons de leurs gonds. »

Avec son goût immodéré pour les tournures musicales inattendues, la chanteuse en remontre à ses homologues français, souvent désespérément sages et polis face aux canons de la sacro-sainte chanson à la française. Au point que, de passage en France, Ariane Moffatt a été enrôlée dans l'équipe d'auteurs-compositeurs en charge de l'album d'Amandine Bourgeois, gagnante de l'édition 2008 de la « Nouvelle Star ». « C'est une première pour moi. D'habitude, je reste concentrée sur mes petites affaires mais c'était amusant de se frotter à l'univers d'une autre. » Les propositions sont de plus en plus pressantes. « On m'a parlé d'un travail avec Emmanuelle Seignier. Je suis curieuse de ce que ça peut donner. Je vais d'abord rentrer chez moi, mais je reviendrai cet automne pour une tournée. Là, je verrai bien ce qu'on peut faire. »