Patrick Chesnais, l'éclectisme moderne

CULTURE Un Molière sous le bras, le comédien a plus d'une flèche a son arc...

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Patrick Chesnais, à l'affiche de «Cochon d'Inde», le 10 janvier 2009 au théâtre Hebertot, à Paris.
Patrick Chesnais, à l'affiche de «Cochon d'Inde», le 10 janvier 2009 au théâtre Hebertot, à Paris. — BERTINI/SIPA

Patrick Chesnais a le vent en poupe. Le Molière du comédien qu’il vient d’obtenir dimanche soir pour son rôle dans le spectacle «Cochons d'Inde» le confirme, mais en réalité, cela fait plusieurs mois que l’acteur, âgé de 62 ans, a opéré un retour en fanfare notable.

Qu’on ne s’y méprenne pas, Patrick Chesnais a toujours été dans la place, mais souvent négligé par la sphère critique et médiatique. C’est l’été dernier qu’on l’a à nouveau remarqué dans le premier long-métrage du réalisateur libanais Hany Tamba, «Une chanson dans la tête». Il y campait le rôle de Bruno Caprice, un crooner has been qui gagne désormais sa vie en tant que réceptionniste dans un grand hôtel parisien. Mais au Liban, son unique chanson, «Quand tu t’en vas», résonne encore dans les oreilles des habitants. Pour l’anniversaire de Madame Harfouche, l’épouse d’un riche industriel libanais, le personnage de Patrick Chesnais est invité à venir chanter son tube à Beyrouth. Et là, c’est la cata. Il n’arrive pas à chanter.

Que celui qui n’a pas vu, en ce personnage, la métaphore d’un Chesnais qui regarde sa carrière passée, jette la première pierre.


Une Chanson Dans La Tête (Making of - Patrick Chesnais)

Second couteau de luxe

Car Patrick Chesnais, premier prix de comédie au Conservatoire de Paris, se fichant de multiplier les rôles de seconds couteaux au ciné et de jouer dans des pièces de théâtre de boulevard, a une filmographie impressionnante. Aucun trou dans sa carrière, pas même en 2006, lorsque son fils Ferdinand meurt dans un accident de voiture. Un deuil impossible qui l’a conduit à dédier son Molière à son enfant disparu, à tourner lui-même un film de prévention sur l’alcool au volant et à écrire un livre intitulé «Il est où Ferdinand? Journal d'un père orphelin» (éd. Michel Lafon).

Mentor non assumé

Aujourd’hui, l’acteur, également réalisateur et scénariste, ressemble à Astérix en plus grand. Un physique de Gaulois, favorisé par une moustache abondante et un air boudeur. Plus jeune, il voulait être footballeur professionnel. A 50 ans, il s’est mis à écrire des films, pressé par son demi-siècle.

Cette année, on l’a aussi vu avec Dany Boon, Karin Viard et Patrick Bruel dans «Le Code a changé», de Danièle Thompson. Il joue le rôle du chéri âgé de Marina de Van, une jeunette à la personnalité entière qui en veut à son père au point de ne plus le voir. Le personnage de Patrick Chesnais se fout d’avoir l’air d’être son Pygmalion, il l’aime, c’est tout. Et n’évite pas la gaffe en dansant un rock endiablé avec le père en question — son beau-père donc — sans voir que sa femme les regarde, médusée.


Le Code a Changé - Bande-Annonce [VF]

Patrick Chesnais, qui détient un César du meilleur second rôle en 1989 pour «La Lectrice» et avait déjà été nommé 1988 et 1998 pour le Molière du comédien, l’emporte cette fois aux Molières en incarnant, dans la pièce «Cochons d'Inde», une victime de la mondialisation et du business international plongeant dans l'angoisse et le cauchemar. Toujours moderne, Chesnais. Parfois trop, même: selon «Le Monde», la Comédie française lui aurait refusé l’accès à ses cours pour cette raison.