L'exposition anatomique «Our Body» interdite

JUSTICE Un juge des référés parisiens a donné raison aux associations qui accusaient l'exposition de porter atteinte aux droits humains...

Sa. C. avec agence

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Officiellement, les cadavres viennent de Chine. Ces personnes, dont les corps n'ont pas été réclamés, auraient été légués à la médecine.
Officiellement, les cadavres viennent de Chine. Ces personnes, dont les corps n'ont pas été réclamés, auraient été légués à la médecine. — REUTERS
Poursuivie en justice par deux associations, Ensemble contre la peine de mort (ECPM) et Solidarité Chine, l’exposition polémique «Our body, A corps ouvert», qui présentait au public de vrais corps humains, devra fermer ses portes. La justice a interdit mardi la poursuite de l’exposition anatomique, qui avait débuté le 12 février à Paris.

Cadavre au cimetière

Pour le juge des référés Louis-Marie Raingeard, la règle est claire: «L'espace assigné par la loi au cadavre est celui du cimetière». Quant à «la commercialisation des corps par leur exposition», elle «porte une atteinte manifeste au respect qui leur est dû». Et de réclamer la fermeture de l'exposition sous 24 heures, sous peine d'une astreinte de 20.000 euros par jour de retard.

L'organisateur de l'exposition a annoncé qu'il allait faire appel de cette interdiction. «Ca me paraît aberrant comme jugement», s'est-il indigné, rappelant qu'«il y a 18 à 20 expositions anatomiques du même type qui tournent en ce moment à travers le monde, aux Etats-Unis ou en Europe, et qui n'ont jamais été interdites».

>> Voir le diaporama sur l'exposition (attention aux plus sensibles d’entre vous, certaines images peuvent choquer).


Les corps du litige sont 17 cadavres de Chinois, hommes et femmes, présentés entiers ou disséqués. Ils sont préservés par plastination, une technique qui consiste à remplacer les liquides organiques par du silicone.

Décence

Tandis qu'à l'audience du 1er avril, l’organisateur de l’exposition Encore Events avait souligné le caractère pédagogique et scientifique de la manifestation, les associations avaient argué qu'elle portait atteinte aux droits humains. Une position suivie par le Tribunal de grande instance de Paris, pour lequel «la présentation des cadavres et organes met en oeuvre des découpages qui ne sont pas scientifiquement légitimes, des colorations arbitraires, des mises en scènes déréalisantes» qui «manifestement manquent à la décence». En résumé, «la visée pédagogique» ne permet pas tout.

A l'audience, l'avocat des associations, Me Richard Sedillot, avait invoqué l'article 16-1 du Code civil qui stipule que «le respect du corps humain ne cesse pas avec la mort» et que «les restes des personnes décédées (...) doivent être traités avec respect, dignité et décence».

Cette exposition a déjà été vue par plus de 30 millions de visiteurs dans le monde.