Tardi croque la Grosse Pomme

Olivier Mimran

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Comme Picasso et sa période bleue, Jacques Tardi a connu sa période new-yorkaise. C'est en pigeant pour les magazines Charlie mensuel et (A Suivre), au début des années 1980, qu'il a réalisé les récits courts aujourd'hui compilés dans New York mi amor (Casterman). Comme le titre du recueil l'indique, toutes ces histoires se déroulent au coeur de la très cosmopolite Big Apple des seventies.

Fort de son trait rond et gras, le créateur d'Adèle Blanc-Sec y dépeint New York avec un amour et une fascination qui n'autorisent aucune concession : la ville y apparaît sombre et crasseuse et ses habitants individualistes et brutaux, grouillant comme autant d'insectes dans une jungle de béton. C'est précisément d'insectes qu'il est question dans le premier des quatre récits présentés : écrit par ­Benjamin Legrand (qui signe aussi la préface et un texte additionnel), Tueur de cafards raconte la machination sanglante dans laquelle est embringué un paumé déraciné. Tout y est sordide, la ville comme les drames quotidiens qui s'y nouent... Trois autres récits, qui sont aussi sinistres, mais plus courts (dont deux ont été écrits par Dominique Grange, Mme Tardi à la ville), complètent cette incarnation graphique et presque putride d'une ville qui, de tout temps, a symbolisé les vicissitudes du monde contemporain. W