Huis clos tragique dans une geôle

Karine Papillaud

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Elle écrit comme un mec : Susanna Moore, la soixantaine rock and roll et tatouée, est une écrivain qui ne balance pas ses mots au hasard dans des histoires toutes faites. On en a vu les effets dans In the Cut, adapté au cinéma en 2003 par Jane Campion, avec le style direct, la crudité des situations et les psychés à vif qui sont la marque de l'écrivain. Son nouveau roman, Adieu ma grande (Ed. de l'Olivier), se passe aux Etats-Unis et raconte l'histoire d'une femme, Helen, incarcérée à vie pour avoir tué ses deux enfants. Schizophrène, abusée sexuellement depuis l'enfance, elle est suivie par une psy qui tombe amoureuse d'un gardien. Quelques milliers de kilomètres plus loin, à Beverly Hills, une starlette se retrouve liée à la vie de ces personnages, à la fois parce qu'elle est la petite amie de l'ex-mari de la psy et parce qu'elle est l'idole de la prisonnière. Tour à tour, les voix des quatre narrateurs de ce roman puzzle se succèdent dans un enchaînement haletant, vers un dénouement tragique. Très vite, les barrières entre aliénation et liberté, délinquance et bon droit, confusion mentale et bon sens s'évanouissent. Susanna Moore connaît les prisons pour y intervenir régulièrement. Grâce à son style nerveux et sans fioriture, la prison se fait le catalyseur de l'humanité dans ce qu'elle a de plus décevant et fragile. W