La pop très discrète d'Elbow

Propos recueillis par Sandrine Cochard et Ulla Majoube

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  — WESTENBERG

Acclamé par les critiques et par plusieurs artistes majeurs de la scène britannique (Coldplay, Radiohead, Blur et R.E.M., entre autres), Elbow, groupe britannique pop rock, peine encore étendre son aura à l’intérieur des frontières françaises. A tel point que le 4e et dernier album du groupe, «The Seldom Seen Kid», est arrivé en France le 15 avril, soit un an après sa sortie britannique. Pas rancuniers, les cinq membres d’Elbow, toujours les mêmes depuis 18 ans, se produiront vendredi soir au Bataclan, à Paris, pour un concert exceptionnel. Rencontre avec Guy Garvey, chanteur et auteur de ce groupe qui vaut le détour.
 
Le clip de «Grounds For Divorce»
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Votre album «The Seldom Seen Kid» arrive aujourd’hui seulement en France, un an après sa sortie au Royaume-Uni. Pourquoi?
Nous sommes très contents que l’album sorte enfin en France car le précédent n’était même pas parvenu jusqu’ici. C’est difficile de percer en France, car il faut travailler plus, notamment à cause des quotas imposés aux radios françaises de limiter la diffusion d’artistes non français. C’est d’ailleurs pour cela que le concert de ce soir (vendredi, ndlr) est important pour nous. Nous reviendrons peut-être en septembre, mais pour l’heure, nous en sommes encore à faire découvrir l’album.
 
Malgré votre notoriété artistique (Elbow a notamment remporté le Mercury Prize 2008 pour cet album, ndlr), vos ventes de disques restent en deçà du succès escompté. Pas assez «people»?
Je suis sorti un temps avec une DJ assez connue. J’ai trouvé ça très désagréable d’être suivi, même si cela fait partie du jeu. Je ne me cache pas forcément mais je regrette de voir comment la célébrité régit nos sociétés. Beaucoup de personnes au Royaume-Uni courent après, juste pour être connues et se voir dans les médias. Jade Goody incarne parfaitement ce concept. Elle était raciste et une idiote. Sa mort a été une tragédie, car elle est partie à 27 ans en laissant deux enfants derrière elle, mais le battage autour d’elle était dingue. On a fait de cette personne contestable une sainte. Etre connu ne m’intéresse pas. Je veux juste être reconnu par mes pairs. Je pense qu’à l’avenir, nos petits-enfants ne comprendront pas cette appétence absurde pour la célébrité.
 
C’est votre 4e album en presque vingt ans de carrière. Avez-vous besoin de temps pour travailler?
Oui, nous avons besoin d’être sûrs que nous ne nous lasserons pas des chansons au bout de six mois. Le concept de l’album est très important pour nous cinq. Et en cas de désaccord, nous procédons à un vote. J’ai l’habitude de dire que nous sommes le plus vieux groupe démocratique (rires).
 
On dit souvent que dans un album, une chanson joue le rôle de passerelle entre celui qui sort et le prochain. Laquelle illustre le mieux ce qui nous attend?
Difficile à dire… (Vous avez une idée? demande-t-il à deux membres du groupe, le bassiste Peter Turner et le claviériste Craig Potter). Ah oui, ce serait «Weather to fly». Nous sommes en train de travailler sur notre prochain album, mais il ne devrait pas sortir avant au moins un an et demi.
 
«Weather to fly»:
 

 
Les députés français doivent adopter à la fin du mois une loi contre le téléchargement illégal. De nombreux artistes ont pris position en faveur de cette loi. Quel est votre avis?
Ethiquement, je ne suis pas d’accord avec l’idée d’un copyright (droit d’auteur, ndlr). Si l’art appartenait à tout le monde, il serait plus libre et circulerait plus facilement. En pratique, c’est plus compliqué. Même si faire de la musique ne coûte plus cher aujourd’hui, parce qu’on peut bidouiller dans sa chambre et poster ses compositions sur Internet pour quasiment rien.