Hadopi: «Les internautes pourront très bien ne jamais prendre connaissance de l'avertissement qui leur aura été adressé»

REACTIONS La loi Création et Internet dite Hadopi a son texte final. FAI, ayant droits, politiques ou acteurs de l'offre légale réagissent, interrogés par 20minutes.fr...

Alice Antheaume

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Carole Gay, responsable des affaires juridiques de l’Afa (Association des fournisseurs d’accès et services Internet): «Il y a un point où l’on est satisfait, on était pour que les internautes continuent à payer leur abonnement même si leur connexion à Internet est suspendue. Car les offres triple play (téléphone, Internet et télévision) posent problème. Cela aurait été très compliqué de réduire de leur facture la part consacrée au Net alors que l’offre triple play n’a pas été pensée pour être décomposée. Quant à la suspension comme sanction, on trouve que cela est disproportionné. On aurait préféré l’amende. D’autant que, techniquement, cela va prendre du temps — au moins un an — de trouver comment faire en sorte que, si votre connexion Internet est suspendue, votre téléphone fonctionne toujours, surtout en cas d’urgence, ainsi que votre télé. Aujourd’hui, on ne sait pas encore comment le mettre en place. Mais la faille du système Hadopi, c’est aussi que l’avertissement sera envoyé à l’adresse mail nom.prenom@nomdufournisseur.fr (et non, sur l’adresse yahoo ou gmail usuellement usitée, ndlr) dont on ne se sert pas forcément. Résultat, les internautes pourront très bien ne jamais prendre connaissance de l’avertissement qui leur aura été adressé sur cette boîte.»

>> Lire les sept points-clés du texte final de Création et Internet >>

Lionel Tardy, député UMP: «Je déplore que la commission mixte paritaire ait retoqué la proposition de ne pas faire payer l’abonnement Internet des internautes dont la connexion est suspendue. Le gouvernement ne veut apparemment pas ponctionner davantage les fournisseurs d’accès, déjà mis à contribution pour la réforme de l’audiovisuel. Si c’était difficile de demander des choses aux FAI, alors il fallait mettre en place l’amende au lieu de la suspension. C’est du grand amateurisme, du n’importe quoi. Payer quelques euros par mois pour un service que l’on n’a pas, cela fait partie des petites arnaques du quotidien que l’on est supposés combattre, non? Ce système va nous coûter des millions d’euros à installer pour que cela soit finalement un coup dans l’eau. Il y aura tellement de moyens de contourner la loi, ne serait ce qu’en prenant un abonnement Internet chez un autre fournisseur si le premier est coupé ou d’en reprendre un au nom de quelqu’un d’autre. J’attends avec impatience ce que va dire le Conseil constitutionnel car on n’a jamais vu une loi qui contient autant de problèmes constitutionnels.

Pascal Rogard, directeur général de la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques):
«Le cinéma est d’abord fait pour aller dans les salles, à qui il faut laisser une exclusivité. Les films ne peuvent pas être financés s’ils ne sont pas d’abord visibles dans les cinémas avant de se retrouver, quatre mois plus tard, en VOD et DVD — lequel a perdu 30% de sa valeur en trois ans. Notre stratégie n’a jamais été de poursuivre de simples internautes, mais les mafias qui piquent les films dans les labos, parfois lorsqu’ils ne sont même pas encore terminés. Dans le ciné, pour avoir une copie des films avant leur sortie en DVD, il faut se lever de bonne heure, croyez-moi! Cette loi va permettre de développer des offres légales attractives, à condition que les professionnels s’y mettent. Et de répondre à la forme de téléchargement dominante actuellement, le P2P, sans que cela soit une solution définitive. On sait qu’il y aura un noyau dur d’internautes qui voudra déroger au système; voilà pourquoi l’Hadopi devra faire une évaluation permanente des nouvelles pratiques sur le Web pour s’adapter.»

Sylvain Zimmer, co-fondateur du site de téléchargement légal de musique Jamendo: «C’est une loi complètement inapplicable car à contre-courant du temps. C’est du gâchis de temps et d’argent. Au contraire, mettre de la musique sur Internet va créer de la valeur, une façon de resserrer le lien entre les artistes et leurs communautés de fans, comme le fait déjà Radiohead et d’autres musiciens. Pour Jamendo, la question est: faut-il jouer le jeu et essayer de se faire labelliser en tant qu’offre légale, comme le prévoit la loi? Oui, sans doute, mais à quoi cela servirait sinon à figurer sur les plaquettes du gouvernement?»
Sondage
Environ 60% des internautes désapprouvent le dispositif de la «riposte graduée», selon un sondage Ifop pour le «Journal du Dimanche» rendu public mercredi. A la question «Vous personnellement, êtes-vous tout à fait favorable, plutôt favorable, plutôt pas favorable ou pas du tout favorable à ce dispositif?», 60% des internautes se déclarent pas favorables, contre 33% favorables. 7% sont sans opinion. Par ailleurs, 69% des internautes considèrent que le nouveau dispositif ne sera pas efficace, contre 24% qui estiment qu'il sera efficace, et 7% sans opinion. Parmi les internautes interrogés, 24% reconnaissent qu'il leur arrive de télécharger illégalement des titres musicaux ou des films sur Internet. 76% affirment qu'ils ne le font jamais ou rarement.

Le sondage a été réalisé par questionnaire en ligne auto-administré du 6 au 8 avril auprès d'un échantillon de 1.004 personnes représentatif du grand public internaute français âgé de 18 ans et plus. Méthode des quotas. Au cours du terrain d’enquête, les répondants âgés de plus de 50 ans ont été surreprésentés puis ramenés à leur poids réel lors du traitement informatique des résultats.