Neuf candidats à l'immortalité

CULTURE Ils briguent le fauteuil de Maurice Rheims à l'Académie française...

Sandrine Cochard

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  — NIVIERE/SIPA

Qui pour remplacer Maurice Rheims à l’Académie française, ce temple dédié à la langue de Molière? Jeudi, neuf candidats brigueront le fauteuil de l'écrivain et commissaire-priseur, disparu en mars 2003 (lire l'encadré). Ils leur faudra être élu à la majorité... Quelles sont leurs chances?
 
Le retour des écrivains?
 
Après avoir boudé l’Académie, où les candidats élus relèvent plus des sciences humaines ou de la politique que de la littérature, les écrivains pourraient devenir les nouveaux chouchous d’une institution en perte de vitesse. Signe qui ne trompe pas: cinq écrivains figurent dans les neuf candidatures de jeudi. C’est le cas de François Weyergans, 68 ans, qui part favori. Outre son image d’«obsessionnel de la littérature», l’écrivain franco-belge produit peu mais bien: il a été récompensé de six prix littéraires, dont le prestigieux Goncourt, pour «Trois jours chez ma mère», en 2005. Il s’était alors imposé face au roman médiatique de la rentrée, «La possibilité d’une île» de Michel Houellebecq.
 
Weyergans est talonné par François Taillandier, 53 ans. Cet auteur a pour lui d’avoir connu différentes vies. Passé par la case Education nationale à Nantes, où il enseignait le Français, il a ensuite opté pour le journalisme, collaborant au magazine «Livres Hebdo», au «Figaro», à «L’Humanité» et à «La Montagne». Taillandier a un autre atout dans sa poche: il a déjà été adoubé par l’Académie en 1999: son livre «Anielka» décroche le Grand prix du roman de l'Académie française.
 
Outsiders

 
D’autres candidats pourraient néanmoins créer la surprise. Catherine Hermary-Vieille, 65 ans, est un auteur prolifique qui a remporté le Prix Fémina en 1981. De son côté, Renaud Camus, 62 ans, est connu pour son «Journal», qu’il publie chaque année depuis 1987. Il part cependant avec un handicap: des extraits de son journal de 1994 (paru en 2000) lui valent des accusations d'antisémitisme. Huit ans plus tard, il suscite une petite polémique avec «La Grande Déculturation» (Fayard), un essai sur la culture.
 
Enfin le benjamin des candidats écrivains, Didier Van Cauwelaert, 48 ans, n’est pas en reste. Avec 7 prix littéraires, dont le Goncourt remporté en 1994 pour son roman «Un aller simple», Didier Van Cauwelaert est un touche-à-tout qui a également écrit pour le théâtre, le cinéma et la télévision. Une diversité et une modernité qui pourraient peser à l’heure où l’Académie essaye de se renouveler.
 
Surprises?
 
Egalement candidat, le réalisateur Pascal Thomas, auteur des «Zozos» et plus récemment d'adaptations de romans d'Agatha Christie. Mais ses chances sont maigres. Si les académiciens ont longtemps cherché un successeur au cinéaste René Clair, décédé en 1981, le cinéma est désormais représenté avec le scénariste et parolier Jean-Loup Dabadie, entré mi-mars à l'Académie.
 
Trois autres personnes tenteront leur chance: l'essayiste Jean-Claude Barreau, l’auteur d'ouvrages scientifiques Michel Borel, et Olivier Mathieu un auteur inconnu qui concourt pour la quatrième fois à l’Académie.

PRECISION
Le fauteuil de l'écrivain et commissaire-priseur Maurice Rheims est le dernier vacant, sur les 40 que compte l'Académie Française. Après une période difficile où leur nombre était tombé à 33 en 2007, les académiciens ont en effet renouvelé leurs rangs avec l'élection récente de Max Gallo, Jean-Christophe Rufin, Jean-Loup Dabadie, du philosophe Jean-Luc Marion ou de Simone Veil, qui devrait être reçue sous la Coupole cet automne. Le 32ème fauteuil occupé par Maurice Rheims a été une première fois pourvu en mars 2004 avec l'élection de l'écrivain Alain Robbe-Grillet. Mais ce dernier est décédé en février 2008 sans avoir été «reçu» sous la Coupole et n'a donc jamais siégé.