Le polar, nouvel eldorado de l'édition?

LITTERATURE Pas si sûr car à trop exploiter le genre, il risque de se tarir...

Sandrine Cochard

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«On vit un âge d’or du polar, il n’a jamais été meilleur ni aussi diversifié, depuis les enquêtes façon Agatha Christie jusqu’au roman social, en passant par le thriller le plus sombre», a assuré l’écrivain Harlan Coben, auteur de nombreux best-sellers, au «Parisien» jeudi matin. Est-ce bien vrai?
 
Explosion
 
«Le polar a bien évolué ces dernières années, proposant des œuvres de meilleures qualités, confirme Claude Mesplède, auteur du "Dictionnaire de la littérature policière" et spécialiste du genre. Le public a suivi, il s’est diversifié et démultiplié. Aujourd’hui, un livre sur cinq achetés ou empruntés est un polar et il existe entre 40 et 50 salons dédiés à ce genre en France.» Un engouement qui ne date pas d’hier. «Le polar a toujours été un genre populaire mais depuis une quinzaine d’années, on assiste à une explosion du genre car toutes les maisons d’édition ont créé leur collection noire», explique Bastien Bonnefous, journaliste pour 20 Minutes et auteur d’un blog sur le polar. C’est notamment le cas d’Actes Sud qui, pour lancer la trilogie «Millenium», succès littéraire de l’année 2008 en France, a créé une collection spéciale baptisée «Actes noirs», qui a publié depuis 25 nouveaux auteurs dont Camilla Lackberg qui a vendu 140.000 exemplaires de «La princesse des glaces», selon Actes Sud.
 
«Le roman policier au sens strict du terme ne représente que 4,7% du chiffre d’affaires global de l’édition», tempère Arnaud Valette, du Syndicat National de l'Edition. Soit 130.563 euros sur 2,761 millions d’euros en 2007. Pourtant, le genre produit des best-sellers. La Française Fred Vargas s’est ainsi hissée à la 10e marche des meilleures ventes de 2008, avec 335.700 exemplaires vendus d’«Un lieu incertain». De son côté, Harlan Coben a écoulé 1 million d’exemplaires de son roman «Ne le dis à personne» en France tandis que les deux suivants ont totalisé chacun 500.000 à 600.000 ventes.
 
Surproduction
 
L’explosion du genre aurait tendance à lui nuire, selon Aurélien Masson, direction de la collection «Série Noire» créée en 1945 par Gallimard. «Je ne parlerais pas d’âge d’or du polar américain. C’est un genre en pleine puissance, on peut même parler d’empire car beaucoup de livres sont publiés chaque année, mais je ne crois pas que l’on puisse continuer comme ça très longtemps, affirme-t-il à 20minutes.fr. Le système s’est automatisé à force de trop de marketing et d’attentes de retombées économiques. Or, le genre s’épanouit mieux lorsqu’il reste à la marge et qu’on le laisse tranquille. Il a besoin d’un peu de sang neuf.» Ainsi le genre a tendance à se renouveler dans des pays comme la France, l’Islande, la Pologne ou encore la Suède.
 
Le polar, victime de son succès? Après s’être standardisé, le voici menacé de surproduction. «Dans les années 1990, 700 à 800 polars sortaient chaque année, ce qui était déjà beaucoup, souligne Claude Mesplède. Aujourd’hui, nous en sommes à presque 2.000 soit environ 200 par mois si on ne compte pas les mois creux de l’été. A ce rythme-là, la rotation dans les rayons est terrible, la durée de vie de chaque livre est réduite et des chefs-d'œuvre passent à la trappe.» Même analyse pour Aurélien Masson, qui évalue à 5% la part de Série Noire dans le chiffre d’affaires de Gallimard. «Même si le genre reste rentable, cette offre croissante risque de saturer ce marché», craint le directeur de «Série noire». Surtout si la surproduction se fait au détriment de la qualité.

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Le Festival Quais du polar commence le 27 mars, à Lyon. La présentation sur Polar blog.