« Indochine est un cas désespéré, à part »

Recueilli par Benjamin Chapon

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Un groupe de rock de bientôt 30 ans, ce n'est pas un peu contre-nature ?

Indochine a été sauvé, malgré ses malheurs, par le renouvellement des membres du groupe. Moi, à chaque fois que je fais un album, j'ai l'impression que c'est le premier. J'ai écrit 200 ou 300 chansons, mais je ne les accumule pas. L'émotion est toujours là.

Vous ne vous sentez jamais blasé ?

Non, parce qu'on prend des risques. Faire le Stade de France par exemple, c'est un challenge. En tant qu'artistes, on vit dans un luxe incroyable, il faut que l'on se mette en danger pour sortir de la routine et du terrain conquis.

La sortie d'un album ne vous angoisse donc plus autant ?

Au contraire. Avant, je ne me rendais pas compte de la portée que les chansons allaient avoir. Troisième sexe, je l'ai écrite sur le coin d'une table. Je ne pensais pas que vingt-cinq ans après ce serait encore l'hymne d'une génération.

Ressentez-vous une sorte de pression à faire des tubes ?

C'est le problème des groupes comme Cure ou U2. On se demande toujours : « Est-ce qu'ils vont refaire un nouveau Bloody Sunday ? » La sensation qu'on a quand on joue Little Dolls nous pousse à croire que ça va être un tube. Il y a un gros impact émotionnel avec ce titre.

Comment vous voyez-vous dans le paysage musical français ?

Comme un cas désespéré ! Il y a peu de groupes avec qui on a des affinités. Les gens nous respectent, mais on est vraiment à part.

Est-ce pour ne pas perdre vos fans que vous gardez une façon de chanter si identifiable ?

J'ai des tics de langage et je garde ma voix. Mais quand je compose un nouvel album, j'oublie les précédents. Contrairement aux fans. Mais moi, je ne suis pas un fan d'Indochine. ■