La musique classique, une arme contre la délinquance?

INTERVIEW C'est ce qu'affirme le maire d'une commune néo-zélandaise. Pour en avoir le cœur net, 20minutes.fr a interrogé un spécialiste, le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre comportementaliste...

Sandrine Cochard

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La musique adoucit les mœurs, selon l’adage, mais a-t-elle vraiment des effets sur nos comportements? «Oui», selon le maire d’une commune néo-zélandaise qui estime que la délinquance a reculé dans sa ville depuis que des airs d'opéra sont diffusés par haut-parleurs dans sa ville. «Je pense que c'est probablement grâce à Dame Kiri, les jeunes casseurs ne traînent pas longtemps. Si ce n'est pas votre genre de musique, et même que vous détestez carrément, pourquoi rester dans le coin?», a-t-il déclaré jeudi au quotidien «New Zealand Herald».
 
Fréquence cardiaque
 
«Des études ont prouvé l’impact qu’a la musique sur notre comportement. Mozart favoriserait l’éveil des bébés et la créativité», explique le Dr Jean-Christophe Seznec, psychiatre comportementaliste exerçant à Paris. Mais le recours à la musique peut également avoir d’autres objectifs. «Les mélodies diffusées dans les salons de coiffures ou dans les bars sont souvent très rythmées. Cela augmente le rythme cardiaque des personnes qui les écoutent et favorise l’action: on est plus rapide dans son travail et on achète davantage, souligne encore le psychiatre. C’est d’ailleurs une des techniques utilisées dans le marketing pour inciter les gens à consommer.» Un concept que les commerçants ont bien compris. «La diffusion de musique classique chez un caviste a suscité l’achat de vins plus prestigieux», relate Nicolas Guéguen, ingénieur en informatique et docteur en psychologie cognitive, dans son livre «100 petites expériences en psychologie du consommateur».
 
La musique peut également entrer dans le cadre d’une préparation mentale en sport, explique le psychiatre, pour se motiver et focaliser son attention notamment. A l’inverse, une musique au rythme lent diminue la fréquence cardiaque et permet aux gens de se relaxer et d’évacuer leurs tensions physiques et psychiques.
 
Selon lui, l’initiative du maire néo-zélandais n’est pas ridicule. «Un délinquant est une personne incapable de maîtriser son agressivité. Or, en imposant une détente psychique par la musique, ce maire agit sans doute sur le comportement des délinquants en apaisant les tensions qu’ils peuvent ressentir et en leur évitant de passer à l’acte», affirme-t-il.
 
Dialogue parallèle
 
Et les bienfaits de la musique sur les comportements humains vont bien plus loin. «La musique peut nous sortir de la dépression lorsque rien d’autre ne le peut», soutient le neurologue américain Oliver Sacks dans son livre «Musicophilia: La musique, le cerveau et nous» (Ed. Seuil).
 
«La musique est souvent médicalement bienfaisante: elle anime les parkinsoniens incapables de se mouvoir, améliore l'élocution des victimes d'accidents vasculaires, apaise les patients atteints de la maladie d'Alzheimer ou restitue des souvenirs à certains amnésiques», poursuit-il. «Les patients aphasiques (mutiques, ndlr) réagissent à la musique même s’ils ont perdu la faculté de parler, renchérit le Dr Seznec. La musique crée un dialogue parallèle avec les patients. Elle ne peut néanmoins pas se substituer à un traitement médical, elle n’est qu’un outil de plus.»