Nouvelles incendiaires du Caire

Karine Papillaud

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J'aurais voulu être égyptien, annonce le titre du nouveau livre d'Alaa El Aswany (éd. Actes Sud). « Chiche ! », a-t-on envie de répondre, tant ce recueil de nouvelles a été dur à avaler pour les autorités de son pays. L'auteur égyptien le plus connu après Naguib Mahfouz a changé de ton dans ce livre, qui rassemble quelques nouvelles d'aujourd'hui, mais aussi son premier roman et d'autres textes écrits dans les années 1990, avant la gloire. A l'époque, l'Office du livre égyptien accepte de publier le roman intitulé ici Celui qui s'est approché et qui a vu, à condition de supprimer deux chapitres. Ce qui gêne ? Des phrases comme : « La lâcheté, l'hypocrisie, la méchanceté, la servilité, la paresse, la malveillance, voilà les qualités des Egyptiens. »

Aswany refuse de toucher un mot. Il faudra que ce dentiste cairois devienne une vedette internationale pour qu'enfin, un grand éditeur égyptien accepte de publier ces textes sulfureux, accompagnés d'une préface explicative que l'auteur a tenu à conserver dans les vingt-cinq traductions du livre. « J'ai appris que ce qui me semblait clair ne l'était pas pour tous : en littérature, cette langue humaine à part entière, le romancier et le narrateur ne sont pas la même personne. » J'aurais voulu être égyptien est le livre le plus noir d'Aswany. Le plus « russe » aussi, quelque part entre Tchekhov et Dostoïevski, avec des personnages réalistes cassés par le sort. Cette oeuvre inattendue et forte rencontre actuellement un grand succès... en Egypte. ■