Bashung, le «dernier géant» de la musique française

PORTRAIT Acclamé lors des dernières Victoires de la musique, le chanteur était revenu sur le devant de la scène malgré la maladie...

Sandrine Cochard

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Alain Bashung a remporté sa deuxième Victoire de la musique de la soirée, celle de l'artiste interprète masculin de l'année, après avoir déjà reçu celle du meilleur spectacle, samedi au Zénith de Paris lors de la 24e édition de la cérémonie.
Alain Bashung a remporté sa deuxième Victoire de la musique de la soirée, celle de l'artiste interprète masculin de l'année, après avoir déjà reçu celle du meilleur spectacle, samedi au Zénith de Paris lors de la 24e édition de la cérémonie. — Boris Horvat AFP
ARCHIVES DE 20MINUTES.FR
Le chanteur est mort le 14 mars 2009. 20minutes.fr avait fait son portrait à l'occasion des Victoires de la Musique.


A 61 ans, l’aura crépusculaire d’Alain Bashung n’aura jamais été aussi puissante. Grand vainqueur des Victoires de la musique, le chanteur est devenu l’artiste le plus primé avec un total de onze récompenses, dont trois remportées samedi, sur l’ensemble de sa carrière. A l’heure où les spéculations sur son état de santé allaient bon train, Alain Claude Baschung, qui était atteint d’un cancer des poumons, semblait être à l’apogée de sa carrière.

Enfant du rock

Né le 1er décembre 1947 d'un père qu'il n'a pas connu et d'une mère ouvrière, Bashung est envoyé à l'âge d'un an vivre chez sa grand-mère, à Wingersheim, en Alsace. Il y grandira en écoutant Elvis Presley, Gene Vincent ou Buddy Holly. Il crée son premier groupe, The Dunces (Les Cancres), à 16 ans, puis enregistre ses premiers 45 tours en 1966, passés inaperçus. C’est à cette époque qu’il abandonne le "c" de son véritable nom, Baschung. Témoin privilégié de l’émergence du rock, «cette bombe qui éclate, que tout le monde prend dans la gueule», selon ses termes, il restera durablement influencé par cette nouvelle culture. Des années plus tard, en 1980, il contribuera à populariser le perfecto, le jean moulant et les bottes de cow-boy à l'époque de «Gaby».

En 1973, Alain Bashung se lie avec Dick Rivers, avec lequel il va apprendre les ficelles du métier, de la composition à la production. Suivront deux rencontres décisives, en 1977: Andy Scott, musicien, et Boris Bergman, auteur, avec lesquels il signe son premier album «Romans photos». C’est le début d'une longue collaboration avec le parolier Boris Bergman, remplacé par Jean Fauque en 1989. La consécration arrive en février 1980 avec «Gaby», qui se vendra à plus d’un million et demi d’exemplaires.



Ce tube permet à Bashung de rencontrer enfin son public et d’imposer son style, soit un rock intransigeant et réconcilié avec la langue française. «Il appartient aux deux univers», résumait en 2002 son biographe Patrick Amine. «Il combine à sa manière les antécédents de la chanson française qui vont de Trenet à Gainsbourg. Du rock anglo-saxon, il a la désinvolture, la liberté musicale, l'humour qui allie le son et le sens.» L’album «Pizza» et son tube «Vertige de l’amour», en 1981, achève de l’installer durablement dans le paysage musical français.



Exigence

En 30 ans de carrière, Alain Bashung a acquis l'adhésion d'un large public et le respect de ses pairs avec une règle simple: ne jamais céder à la facilité. Il fait la démonstration de sa rigueur et de son perfectionnisme avec le très novateur «L'imprudence» et «Le Cantique des cantiques», enregistré avec sa femme Chloé Mons dans une église. «Alain appartient à la grande lignée des poètes excentriques et solitaires. Il fait des choses sublimes», a dit de lui Arthur H samedi, après avoir reçu la Victoire de l'album pop-rock.

Car le chanteur sait ce qu’il veut et où promener son univers, être exigeant mais pas tyrannique. «Je suis un animateur, j’essaie de rendre les choses harmonieuses. Je ne bosse pas dans le conflit ou le rapport de force, confiait-il à RFI en 2002. Il faut plutôt que tout se passe dans l’harmonie totale, même pour faire une chanson qui raconte le désespoir.»

Mais Bashung a également su capter un public plus large. Ses tubes, de «Gaby» à «La nuit je mens» en passant par «Madame Rêve», «Osez Joséphine» ou encore «Ma petite entreprise», font désormais partie de la mémoire collective française.



Il a d’ailleurs été fait chevalier de la Légion d'honneur, en janvier dernier. Pourtant, l’homme reste modeste. «Je n’ai toujours pas l’impression d’être un vrai chanteur français populaire. Je n’arrive pas bien à saisir la musique française, déclare-t-il dans une interview aux «Inrockuptibles», en juin 2008. J’ai été élevé dans des choses qui venaient d’ailleurs, une sorte d’exotisme. Je suis incapable de faire une vraie chanson française, je ne sais pas ce que c’est. Il y a des modèles incroyables, mais les surpasser… Pourtant, j’y puise.»

L’ombre de Gainsbourg


Qualifié il y a quelques mois de «dernier des géants» par «Les Inrockuptibles», Alain Bashung est aujourd’hui perçu comme l’héritier de Gainsbourg, avec lequel il a collaboré en 1982 pour son album «Play Blessures». «Il occupe depuis quelques années la place qui était auparavant celle de Serge Gainsbourg: celle d'un artiste à l'aura énorme, capable de séduire le grand public comme les amateurs éclairés», estime ainsi l’AFP. Même charisme ténébreux, même exigence artistique, même goût pour le cinéma (il a notamment tourné sous la direction de Fernando Arrabal, Patrice Leconte ou, dernièrement, Samuel Benchetrit), même penchant pour la cigarette et même lutte contre la maladie…

Ces derniers temps, le chanteur se battait d’abord pour retrouver la scène. Atteint d'un cancer du poumon, révélé par le magazine «Télé Star» en avril 2008, le chanteur était apparu fatigué lors des Victoires de la musique. Alors que la maladie l'avait contraint à reporter deux concerts, prévus lundi et mardi soir, Alain Bashung semblait plus que jamais essentiel au paysage musical français.