Bronzes chinois: La presse chinoise divisée par le refus de l'acheteur de payer les oeuvres

ART Certains quotidiens y voient un geste patriotique, d'autres craignent pour l'image de la Chine...

AA avec agence

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"L'acheteur chinois se moque de Christie's", constate, en une, le Global Times, relais des opinions les plus nationalistes.
"L'acheteur chinois se moque de Christie's", constate, en une, le Global Times, relais des opinions les plus nationalistes. — Liu Jin AFP/Archives

Les déclarations du collectionneur chinois Cai Mingchao, qui a annoncé avoir acheté les deux bronzes de la collection Pierre Bergé-Yves Saint Laurent mais ne pas vouloir verser les 31,4 millions d’euros, font polémique. Acte patriote? Ou atteinte à la crédibilité du pays? Les journaux chinois sont divisés sur la question ce mardi. Revue de presse.

Interviewé dans le quotidien «Fazhi Wanbao», Cai ne donne aucune précision sur ses démarches futures, se contentant d'expliquer qu'il a pu participer aux enchères de la semaine dernière car il est connu dans le monde des enchères: «cela fait longtemps que je suis dans ce secteur, je suis très conscient que cette manière de faire influencera ma réputation à l'avenir, que le préjudice sera sûrement important».

Selon le «Global Times», relais des opinions les plus nationalistes, «l'acheteur chinois se moque de Christie's». Laquelle pourrait demander, dans une procédure ultérieure, des dommages et intérêts à Cai s’il se révélait acheteur défaillant. Le «China Daily», quotidien officiel en anglais, souligne le statut de Cai, «un collectionneur et un patriote» qui est par ailleurs conseiller pour le Fonds du patrimoine national de Chine.
 
Réactions officielles mitigées

Cependant, officiellement, on ne saute pas au plafond devant l’initiative de Cai Mingchao. La Chine a assuré n'avoir aucun lien avec lui. «En ce qui concerne la participation de cette personne aux enchères des bronzes, l'Administration d'Etat des vestiges et monuments et moi-même nous n'en savions rien», a déclaré à la presse le porte-parole du ministère des Affaires étrangères. «Par conséquent, je ne ferai aucun commentaire sur ce comportement privé».
 
Interrogé par le «Beijing Times», un haut responsable du ministère de la Culture, Zhao Yu, a dénoncé l’attitude de Cai, qui ne donne pas une bonne image des acheteurs chinois. «Le fait que Cai Mingchao soit revenu sur sa parole signifie en réalité qu'il a nui à la crédibilité dont jouissaient les Chinois dans les ventes aux enchères internationales».
 
Appel au calme

Dans un éditorial, le «Quotidien de la Jeunesse de Chine» a appelé les Chinois à garder leur sang froid: «Plus on s'intéresse à ces têtes, plus on s'excite, plus on perd son sang froid, et plus le coût pour faire revenir ces têtes en Chine devient exorbitant», constate l'éditorialiste Wang Di. «Nos sentiments vont à l'encontre du but initial, notre passion nationaliste a conduit à ce que les pilleurs aient encore plus de pouvoir pour nous piller.»
 
L'un des avocats chinois qui a tenté de stopper la vente, Liu Yang, juge aussi, dans le «Quotidien de la Jeunesse du Peuple», que «du point de vue de l'éthique, on ne peut pas l'encourager». «Nous devons nous conformer à la loi et à l'éthique pour empêcher la vente des têtes, il faudrait renoncer à ces moyens louches des hommes d'affaires chinois», dit-il.