L'acheteur des bronzes de la vente Pierre Bergé-Yves Saint Laurent est Chinois et refuse de payer

ART L'affaire qui secoue les relations diplomatiques entre la France et la Chine connaît un nouveau rebondissement...

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Un collectionneur d'art chinois a annoncé lundi avoir acheté deux bronzes chinois la semaine dernière à Paris mais ne pas vouloir les payer, suscitant le soupçon d'une action destinée à faire capoter une vente à laquelle les autorités chinoises s'opposaient fermement.
Un collectionneur d'art chinois a annoncé lundi avoir acheté deux bronzes chinois la semaine dernière à Paris mais ne pas vouloir les payer, suscitant le soupçon d'une action destinée à faire capoter une vente à laquelle les autorités chinoises s'opposaient fermement. — François Guillot AFP/Archives

Coup de théâtre au sujet des bronzes chinois vendus lors des enchères pour la collection Pierre Bergé-Yves Saint Laurent, la semaine dernière. L’acheteur, dont on ignorait l’identité jusqu’alors, est en fait Chinois. Il s’appelle Cai Mingchao, un collectionneur d’art connu pour avoir acheté, en 2006 lors d'enchères à Hong Kong, pour près de 15 millions de dollars, une statue de Boudhha de l'époque Ming.
 
Lundi à Pékin, Cai Mingchao a déclaré, au cours d’une conférence de presse: «Je crois que n'importe quel Chinois se serait levé à ce moment précis... J'essaie de tout faire pour faire face à mes responsabilités.» Le collectionneur a surtout lâché cette phrase, à la surprise générale: «Mais je dois souligner que l'argent ne peut pas être versé.»

La prudence de Christie's

Pour l’instant, on ignore si Cai refuse de payer parce qu'il ne dispose pas de l'argent (15,7 millions d’euros chaque bronze) ou pour une question de principe, façon de condamner, comme l’a fait son gouvernement, la vente d’œuvres autrefois pillées. Ce qui est le cas des deux bronzes, volés il y a près de 150 ans au Palais d'été de Pékin par les troupes franco-britanniques et devenus le symbole de l'humiliation coloniale de la Chine.
 
Interrogée par 20minutes.fr, la maison Christie's se montre réservée: «On va d’abord vérifier que toutes ses déclarations sont vraies». Plus tard dans la matinée, la maison a écrit un communiqué dans lequel elle se refuse à commenter ou spéculer «sur les prochaines mesures que nous pourrions prendre dans ce cas précis».

Procédure

Le site Web de Christie's stipule que l'acheteur dispose de sept jours pour verser l'argent. Néanmoins, tant que la somme n’est pas versée, les œuvres d’art ne sont pas envoyées à l’acquéreur. Actuellement, les deux bronzes sont toujours dans les locaux de Christie's.

Si l'acheteur se révélait insolvable, une procédure, très rare, est prévue. Celle dite de la «folle enchère». Dans un délai d'un mois après l'adjudication, le vendeur (Pierre Bergé) peut décider de la mettre en place: l'oeuvre est alors remise en vente aux enchères et l'acheteur défaillant (Cai Mingchao) doit s'acquitter de l'éventuelle différence de prix entre la première et la seconde adjudication. Sinon, le vendeur peut aussi renoncer à cette option. Dans ce cas, la vente est déclarée nulle à l'échéance du mois suivant son adjudication initiale. La maison d'enchères peut alors poursuivre l'acheteur en justice, avec demandes de dommages et intérêts.