Vente Saint-Laurent-Bergé: la Chine accuse Christie's de tirer profit d'oeuvres pillées

ART Un conflit qui pourrait mener à l'incident diplomatique entre la France et la Chine. Explications...

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Ulcérée de ne pas avoir pu récupérer deux bronzes chinois vendus à Paris lors de la dispersion de la collection Saint Laurent-Bergé, la Chine s'en est prise jeudi à la maison d'enchères Christie's, qu'elle a accusée d'avoir déjà vendu des oeuvres chinoises pillées.
Ulcérée de ne pas avoir pu récupérer deux bronzes chinois vendus à Paris lors de la dispersion de la collection Saint Laurent-Bergé, la Chine s'en est prise jeudi à la maison d'enchères Christie's, qu'elle a accusée d'avoir déjà vendu des oeuvres chinoises pillées. — Patrick Kovarik AFP

La vente de la collection Pierre Bergé-Yves Saint Laurent est terminée, mais la Chine n’a pas dit son dernier mot. Furieuse de n’avoir pu récupérer deux bronzes chinois vendus, la Chine s'en est prise à la maison d'enchères Christie's.
 
«Ces dernières années, Christie's a vendu à plusieurs reprises des biens chinois pillés ou objets de trafics, ils ont tous été sortis illégalement du pays», a affirmé jeudi l'Administration d'Etat des vestiges et monuments sur son site Web, sans donner de précisions.
 
Faux, répond Christie's, qui assure «respecter toutes les lois internationales et locales» et «coopérer avec les douanes et les responsables officiels dans les quelques cas où il y a eu des questions concernant la propriété légale ou le patrimoine». Ce qui, assure la maison d’enchères, n’est pas le cas des deux bronzes de la collection Yves Saint Laurent-Bergé, pour lesquels «les droits de propriété légaux ont été clairement confirmés».

Le passé qui remonte
 
Ces têtes en bronze proviennent du sac du Palais d'été de Pékin; pillé par des soldats français et britanniques en 1860. Et le(s) nouveau(x) propriétaire(s)? Il (ou ils) l’a (ou l'ont) emporté en surenchérissant 15,7 millions d'euros pour chaque pièce lors de la vente par téléphone, mais on ignore leur identité. Qu’importe, la Chine a indiqué «ne pas reconnaître le propriétaire illégal des pièces pillées.»
 
Selon Madame Lee, la dirigeante de la galerie parisienne Asie Antique interrogée par 20minutes.fr, le problème ne concerne pas tant Christie's, «qui respecte les règles», que les relations diplomatiques entre la France et la Chine. «Cette polémique constitue un mauvais point» et pourrait ajouter de l’huile à brouille de 2008 liée à la rencontre entre le président Nicolas Sarkozy et le dalaï lama. «Il aurait fallu que quelqu’un fasse un geste, dit-elle. Par exemple que le propriétaire restitue les œuvres, ou que cela soit un musée qui les achète, pour les exposer aux yeux du public.»

Chantage et menaces
 
Au lieu de cela, Pierre Bergé s’est dit «prêt à donner ces deux têtes (de bronze) à la Chine, tout ce que je demande à la Chine en contrepartie est de donner les Droits de l'homme, la liberté au Tibet et d'accueillir le dalai lama». Une proposition que la Chine n’a pas digéré. «Enfreindre les droits culturels du peuple chinois au nom des Droits de l'homme, c'est tout simplement ridicule», a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Ma Zhaoxu.
 
Signe de la crise politique plus qu’artistique: les musées d’art asiatique sollicités par 20minutes.fr conseillent de s’adresser au ministère de la Culture ou des Affaires étrangères. Quant au rival de Christie’s, la maison Sotheby’s, elle n’a pas voulu faire davantage de commentaires, expliquant néanmoins à 20minutes.fr avoir déjà vendu des pièces chinoise sans encombre.

Le gouvernement français s’en mêle

Les têtes de la collection Bergé-Saint Laurent «ont une excellente traçabilité. Elles ont été achetées sur le marché privé et vendues dans une vente privée, a confirmé Christine Albanel, la ministre de la Culture. Il y a toujours la possibilité pour un pays qui veut récupérer certaines oeuvres de les racheter.» Ce que Christie's a dit aussi, mais autrement: «Nous continuons à croire que la vente lors d'enchères publiques représente la meilleure opportunité pour que des objets soient rapatriés», souligne Christie's.
 
Pour enfoncer le clou, le gouvernement chinois a, dans une circulaire, ordonné à tous ses départements chargés de l'entrée ou la sortie des biens culturels de vérifier «soigneusement» ceux que la maison d'enchères pourrait exporter ou importer. D’après les observateurs du marché de l’art, les histoires de pillage sont légion dans l’histoire: la  Grèce réclame les frises du Parthénon actuellement au British Museum, en Angleterre; l'Ethiopie a récupéré l'obélisque d'Axoum auprès de Rome, et on ne parle pas des «des œuvres rapportées par Napoléon d'Egyspte, d’Italie ou d’Espagne et exposées en France.»