Salgueiro, nouvelle reine de la samba

CULTURE L'école a été sacrée «championne» des défilés du carnaval de Rio, mercredi soir. Une consécration très convoitée...

Sandrine Cochard

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  — REUTERS / Bruno Domingos

Chaque année, tous les Brésiliens ont les yeux rivés sur le carnaval de Rio, la fête nationale la plus populaire du pays. Ces quatre jours de fêtes sont synonymes de débordement de couleurs, de percussions assourdissantes, de costumes extravagants et de chars allégoriques monumentaux. Ils rythment la vie des Brésiliens et des nombreux touristes étrangers qui s’y pressent. Mais sous les paillettes et la fièvre des festivaliers se cache une lutte sans merci entre les différentes écoles de samba de Rio pour décrocher le très convoité titre de «championne».
 
Cette année, c’est l’école de Salgueiro qui a été sacrée, mercredi soir. Cette école de samba a été fondée en 1953 dans la favela Salgueiro du quartier de Tijuca, dans la zone nord de Rio, aujourd'hui l'une des plus violentes de la ville. L'école avait choisi cette année d'exalter le tambour, un instrument fondamental dans la culture brésilienne, avec un défilé rutilant de couleurs et des chars somptueux.
 

 
Chaque école choisit librement un thème pour son défilé, c’est ce qu’on appelle «l'enredo». Cette année, les thèmes allaient de la formation du peuple brésilien à l’eau salvatrice en passant par la légendes des sirènes et les mystères de la mer. Le thème sert de fil conducteur au défilé: il inspire les costumes et les chars ainsi que «la samba do enredo», la chanson de l’école écrite spécialement pour le défilé.
 
Le défilé de l’école d’Império Serrano, sur le thème de la mer:
 

 
Les 12 écoles participantes ont entre 60 et 80 minutes pour défiler dans le «Sambodrome», avenue de 800m bordée de séries de gradins à ciel ouvert pouvant accueillir jusqu'à 88.500 personnes. Un challenge lorsque plusieurs milliers de danseurs y participent. Parmi eux, un couple de danseurs est au centre de toutes les attentions: il s’agit de la danseuse porte-drapeau et du mestre-sala (maître de cérémonie). Ce sont les meilleurs danseurs de l’école.
 

 
Les juges chargés de sacrer l’école championne sont répartis à différents endroits des gradins pour avoir une vue d’ensemble. Ils évaluent les écoles sur dix critères très stricts: les costumes, le rythme, l’originalité des thèmes, l’évolution des danseurs, la prestation du porte-drapeau et du mestre-sala. Les notations sont souvent serrées et le palmarès se joue à un rien de points. Ainsi Beija-Flor, l'école championne en 2007 et 2008, a échoué de peu à quelques dizièmes de points de Salgueiro et s'est classée à la seconde place. Cette école avait reçu dimanche le soutien marqué du président Luiz Inacio Lula da Silva, premier chef d'Etat à se rendre au Sambodrome depuis 1994.
 
La prestation de l’école Beija-Flor, consacrée à l’eau salvatrice:
 

 
Une des plus attendues jusque tard dans la nuit, l'école de Mangueira a puisé son inspiration dans «le peuple brésilien», son mélange de races et de traditions entre les indiens natifs, les esclaves africains et les immigrés européens.
 

 
Mais c'est Portela qui a le plus enthousiasmé le public, de l'entrée du premier char avec l'aigle traditionnel de l'école, à une représentation du Taj Mahal, en passant par une tête de chien articulée, un défilé spectaculaire évoquant l'amour.
 

 
La prestation de Grande Rio qui avait pris pour thème la France en cette année culturelle France-Brésil, avec un char consacré à Louis XIV:
 

 
Malgré la crise, les écoles ont encore vu les choses en grand cette année. Aucun signe d'austérité n'était en effet visible dans les somptueux défilés. Ce concours traditionnel coûte pourtant très cher aux écoles qui doivent parfois s'endetter lourdement pour boucler le budget du défilé, qui s'élève en moyenne à 3 millions de dollars (2,35 millions d’euros). Mais cette gigantesque fête populaire, qui fait oublier pour un temps les tracas du quotidien, n’a pas de prix.