Que faut-il retenir de la vente Yves Saint Laurent/Pierre Bergé?

CULTURE Durant les trois jours qu'ont duré les enchères, la collection des deux hommes a accumulé superlatifs et records...

Sandrine Cochard

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Qualifiée de "vente du siècle", la dispersion de l'exceptionnelle collection d'art du couturier Yves Saint Laurent et de l'homme d'affaires français Pierre Bergé a battu des records dès le premier des trois soirs d'enchères à Paris, devant des centaines d'acheteurs venus du monde entier.
Qualifiée de "vente du siècle", la dispersion de l'exceptionnelle collection d'art du couturier Yves Saint Laurent et de l'homme d'affaires français Pierre Bergé a battu des records dès le premier des trois soirs d'enchères à Paris, devant des centaines d'acheteurs venus du monde entier. — Patrick Kovarik AFP
Une collection exceptionnelle
 
Décrite comme «la vente du siècle», la dispersion de la collection d’Yves Saint Laurent et de Pierre Bergé comptait une trentaine de chefs d’œuvres. «C’est une collection assez extraordinaire, avec 730 lots, explique à 20minutes.fr la maison Christie’s. C’est rare qu’une collection privée d’une telle ampleur soit mise en vente.»
 
Des curieux venus du monde entier
 
Quelque 30.000 personnes se sont rendues pendant le week-end sous la nef du Grand Palais, à Paris, pour voir les œuvres exposées avant leur mise en vente. Auparavant, 600 acheteurs potentiels avaient pu visiter l’appartement des deux hommes, avant que les pièces promises aux enchères ne soient déplacées. Au final, seuls 50 enchérisseurs se sont battus pour les lots les plus prestigieux présentés lundi, premier jour de la vente. L’Etat français a également profité de cette vente: il a acquis des oeuvres d'art pour un montant total de 13,135 millions d'euros, a annoncé mercredi soir la ministre de la Culture Christine Albanel.
 
Des sommes faramineuses
 
La vente a rapporté au total 373,5 millions d'euros, soit bien plus que son estimation de départ évaluée entre 200 et 300 millions. Dès lundi, elle avait déjà récolté 206 millions d’euros (voir notre diaporama en cliquant ici). Ce même jour, plusieurs œuvres se sont arrachées au prix fort: le tableau «Les coucous, tapis bleu et rose» de Matisse s’est vendu 36 millions d'euros, une sculpture du Roumain Constantin Brancusi, «Madame L.R», a été adjugée à 26 millions d’euros (hors frais) et un flacon de parfum dans sa boîte en carton détourné par Marcel Duchamp est parti à 7,9 millions. Record également pour Piet Mondrian («Composition avec bleu, rouge, jaune et noir») à 19,2 millions et James Ensor («Le désespoir de Pierrot») à 4,4 millions. Au total, 25 records ont été battus: 7 pour des oeuvres d'art moderne et impressionniste, 6 pour des dessins ou peintures de maîtres anciens et 12 pour des oeuvres d'Art déco, dont le fameux «fauteuil aux dragons» d'Eileen Gray, vendu à lui seul 21,9 millions d'euros. Seul bémol à cette effervescence: la toile «Instruments de musique sur un guéridon» de Picasso n'a pas trouvé preneur.
 
Une polémique avec la Chine
 
Deux bronzes, représentant une tête de rat et une tête de lapin d'une hauteur d'une quarantaine de centimètres, ont été au cœur d’un conflit avec la Chine, qui accuse Christie’s de les avoir vendu illégalement. Ces bronzes proviennent du sac du Palais d'été à Pékin par des soldats français et britanniques en 1860. L'Association pour la protection de l'art chinois en Europe (Apace), basée à Paris, réclamait en référé la suspension de la vente des deux bronzes chinois, estimés entre 8 et 10 millions d'euros pièce. Ils ont finalement été cédés pour 31,4 millions d'euros, soit 15,7 millions par pièce. Depuis, Pékin ne décolère pas et a accusé jeudi Christie's d'avoir vendu à plusieurs reprises des biens chinois pillés. Et d’annoncer un renforcement des contrôles sur les achats de la maison d'enchères en Chine.
 
Un «accident» du marché
 
Une vente exceptionnelle ne signifie pas pour autant un marché de l’art relancé. «Cette vente peut être considérée comme un "accident" dans la tendance de repli du marché de l'art, explique à 20minutes.fr Dominique Sagot-Duvauroux, professeur d'économie à l'université d'Angers et spécialiste de l'économie de l'art. Son succès repose sur une collection d'exception, elle n'indique pas que le marché de l'art se redresse. Elle confirme juste que sur un marché morose, les oeuvres de grande qualité se vendent toujours, à la différence des oeuvres de qualité moyenne.» Si elle n’a pas permis de doper le marché, cette vente aura au moins fait rêver de nombreux amateurs d’art.