La comédie veut un premier rôle aux César

Stéphane Leblanc

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Pour Alain Rocca, le délégué des César, les films récompensés doivent combiner au mieux « éloge critique, succès public et maîtrise technique ».

La reconnaissance de ses pairs flatte l'ego de celui qui le reçoit. Plus que ça : obtenir un césar peut donner une seconde vie à un film (Ne le dis à personne), aider un réalisateur à poursuivre sa carrière (Abdellatif Kechiche), relancer la carrière d'un acteur (Annie Girardot) ou l'exposer à la lumière (Laurent Stocker)... C'est l'« effet césar ». A double tranchant : certains acteurs ou techniciens craignent de donner l'impression d'être devenus hors de prix.

Les 3 800 membres de l'académie, qui représentent 30 % de la profession. On n'y trouve que les « chefs de poste » : réalisateurs de longs métrages, acteurs ayant joué des « rôles significatifs », chefs opérateurs ou chefs monteurs... Peu d'assistants, aucun figurant ou intermittent anonyme, à part dans le public. Mais tous les votants potentiels ne sont pas inscrits (Lisa Azuelos nous a confié n'avoir jamais renvoyé son dossier) et tous les électeurs ne votent pas : ils n'étaient que 72 % l'an dernier.

Aux treize césars de la première édition se sont ajoutés celui du court métrage en 1977, du premier film en 1982, des espoirs féminin et masculin en 1983, des costumes en 1985, de l'adaptation en 2005, du documentaire en 2006. A contrario, des catégories ont disparu : affiche, producteur... « Derrière chaque décision, il y a des heures de discussion, explique Alain Rocca. Mais l'académie est une bonne mère : elle écoute chacun défendre ses intérêts. »

Une catégorie « comédie » verra peut-être le jour : ce sera l'objet d'un débat en conseil d'administration. « En tout cas, on trouvera une solution pour que ce genre se sente mieux représenté », prévient Alain Rocca. Aujourd'hui, les avis semblent partagés, entre ceux qui veulent des comédies au palmarès et ceux qui craignent de les voir enfermées dans une catégorie ghetto. « Et rien ne dit que Bienvenue chez les Ch'tis aurait été parmi les meilleures comédies. Louise Michel aurait pu se retrouver devant... »

Non. Les douze dernières éditions en ont vu triompher six : Ridicule (1997), On connaît la chanson (1998), Vénus Beauté (Institut) (2000), Le Goût des autres (2001), Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain (2002) et L'Esquive (2005). « Mais il s'agit de comédies sophistiquées », s'est exclamée Josiane Balasko quand on lui a soumis la liste. Faut-il s'étonner que le meilleur film de l'année soit « sophistiqué » ? Et Les Ripoux, en 1985 ? Et Trois hommes et un couffin, en 1986 ? Ce ne sont pas des films populaires ?

« Ce serait absurde », répond Alain Rocca, pour qui un césar est comparable à une médaille de Meilleur Ouvrier de France. « Il y a une part d'injustice, c'est sûr, et des déceptions. Mais le vote de la profession donne une légitimité au palmarès. Le césar du son ne sera jamais attribué à un film mixé avec les pieds ! » ■