Orange prend cher sur le foot

MEDIAS L'opérateur n'a pas le droit de faire de la vente liée avec Orange Sport, a décidé le tribunal de commerce de Paris. Décryptage, en clair.

Alice Antheaume

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Dans un univers saturé de technologies, Orange lance un service, inédit en France, pour chouchouter ses clients VIP : ce concierge de luxe répond à tous leurs désirs ou tracas dans le numérique mais réserve aussi pour eux voyages, hôtels ou spectacles.
Dans un univers saturé de technologies, Orange lance un service, inédit en France, pour chouchouter ses clients VIP : ce concierge de luxe répond à tous leurs désirs ou tracas dans le numérique mais réserve aussi pour eux voyages, hôtels ou spectacles. — Ben Stansall AFP/Archives

Coup dur sur coup dur pour Orange. Après avoir perdu l'exclusivité de la distribution de l'iPhone d'Apple en France, le tribunal de commerce de Paris a demandé à l'opérateur de «cesser de subordonner l'abonnement à Orange Foot à la souscription d'un abonnement internet haut débit Orange». Ça veut dire quoi? 20minutes.fr tente l’explication de texte.
 
Qu’est-ce que Orange Foot?
La chaîne télé d’Orange s’appelait, à son lancement en août, Orange Foot. Maintenant, elle s’appelle Orange Sport et diffuse des journaux de golf, rugby, sports américains, voile, et surtout, le grand match du samedi soir de la Ligue 1 en direct. Ce match, c’est son produit d’appel, pour lequel Orange investit 203 millions d’euros par an pendant quatre saisons, une somme payée à la Ligue de football professionnelle (LFP) de 2008 à 2012. La chaîne compte 59.300 abonnés (chiffre de septembre 2008), obligés jusqu’alors, pour mater ce match, de s’abonner à l'offre triple play d’Orange, qui comprend le téléphone fixe, l'Internet haut débit (ADSL) et le bouquet basique télévisuel.
 
Quelles conséquences va avoir la décision du tribunal de commerce?

Il est encore un peu tôt pour le dire, d’autant qu’Orange compte faire appel. Mais dans le mois qui vient, les contenus Orange sport vont être accessibles pour les abonnés des concurrents d’Orange, à savoir Free et SFR, à l’origine de la plainte. Et Bouygues? Interrogé par 20minutes.fr, l’opérateur «ne fait aucun commentaire». Satisfait, SFR s'est dit «prêt à proposer Orange Foot le plus rapidement possible sur (son) réseau».
 
Est-ce que cela remet en cause la stratégie d’Orange?
Chez Orange, ça turbine pour savoir «avec quelles règles du jeu on peut désormais travailler», explique à 20minutes.fr un porte-parole de l’opérateur. «C’est une mise en cause de nos investissements». Comprendre: Orange n’a pas investi 203 millions par saison de foot pour des contenus qui se retrouvent ailleurs. Il n’est pas impossible, si l’appel ne donne pas raison à Orange, que celui-ci dénonce son contrat à la LFP. «Si le foot français n’a pas vu ses revenus baisser, c’est parce qu’Orange est entré dans la danse et a payé des lots», rompant le monopole de Canal+, le rival. Mais là, «il y a des questions à se poser sur le futur financement du foot», menace l’opérateur.
 
Pourquoi la perte de l’exclusivité de l’iPhone est moins grave que celle d’Orange Sport pour Orange?
Parce qu’Orange a eu quand même un an pour vendre, sans concurrent, son Iphone sur le marché français. Et même si Bouygues et SFR ont désormais le droit de commercialiser le téléphone d’Apple, «le modèle économique d’Orange avec l'iPhone ne dépend pas de l'exclusivité, écrit cette journaliste de Challenges. Orange réalise aujourd'hui une marge nette de 20% sur les abonnés iPhone... et la fin de l'exclusivité ne va pas forcément la menacer. Dans le mobile, on est entre concurrents de bonne compagnie: ce n'est pas parce que SFR et Bouygues Telecom vont aussi distribuer l'iPhone qu'une guerre des prix sur le téléphone ou sur les forfaits associés va se déclencher.» En revanche, pour Orange Sport, la pilule est plus dure à faire passer. Orange dit qu’il ne peut pas amortir son investissement en faisant payer une offre non exclusive 6 euros par mois à ses abonnés, comme c’est le cas actuellement.