Fabien Vehlmann: «Je veux faire le Spirou que j'aurai aimé lire quand j'étais gamin»

Propos recueillis par Benjamin Chapon et Olivier Mimran, envoyés spéciaux à Angoulême.

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En plein travail pour le prochain épisode, Fabien Vehlmann nous en dévoile une partie...

>> Lire l'interview d'Emile Bravo en cliquant ici.
 
A quoi va ressembler votre Spirou?

Les lecteurs réclament du classique, l’héritage de Franquin. Si le look de notre Spirou est différent, ils seront perdus. C’est sans doute réducteur pour le personnage mais c’est comme ça. Je veux toucher un maximum de public. C’est la règle quand on reprend une série aussi populaire. Je veux à la fois m’inscrire dans une tradition et m’amuser, et rendre ça communicatif…

Le succès du Spirou d’Emile Bravo montre qu’un public adulte est attaché à la série…
Sans doute mais moi, j’aimerais arriver à toucher aussi le public jeune. Ce serait dommage de ne s’adresser qu’aux adultes. Quand, gamin, j’ai découvert le Marsupilami, j’étais aux anges. Je veux faire le Spirou que j’aurai aimé lire quand j’étais gamin. J’aime la BD familiale.

Avez-vous reçu un cahier des charges précis de la part de l’éditeur?
Non. Nous n’étions pas prêts à tout pour reprendre la série. Nous devions être libres. Dans trois ou quatre albums, on fera un bilan. Si le public n’a pas suivi, nous serons remplacés et je le comprendrai très bien.  Je ne sais pas si nous serons en phase avec les lecteurs.
Ressentez-vous une certaine pression ?
Ça ne va pas être simple c’est sûr. On va comparer notre travail avec celui de nos illustres prédécesseurs. Mais la vraie pression vient des délais, très serrés. Ce sera à nous de travailler vite ou de négocier avec Dupuis pour avoir des délais raisonnables pour réaliser un travail de qualité.

Pouvez-vous nous révéler quelques éléments du prochain épisode?
Il se passera à Champignac, comme un retour aux sources. Mais moi, quand j’étais gamin, je les trouvais un peu ennuyeux, les épisodes à Champignac. Alors je vais y importer de l’aventure et de l’exotisme, et métamorphoser le village. Ça devrait ressembler à une sorte d’Indiana Jones à Champignac.

Et les personnages?
Je vais réintégrer Zorglub en tant que méchant mégalo fou et génial. J’avais été très déçu que Franquin finisse par le rendre inoffensif. J’ai envie qu’en le voyant, les lecteurs se demandent: «Ouh… Qu’est-ce qu’il nous prépare celui-là?»

On se pose un peu la même question à propos de vous...

Il ne faut pas. Je veux juste faire une aventure humoristique. Je suis conservateur. Je vais garder le costume rouge de Spirou. Je ne veux pas prendre le mythe à bras le corps comme l’a fait mon prédécesseur, Morvan. Il a voulu poser les questions qui fâchent, comme l’âge des personnages, et appuyer sur les incohérences de la série. C’était courageux mais ça revenait à jouer avec de la nitroglycérine. Mon Spirou sera plus sage. Je vais écrire avec ma sincérité de fan et espérer que ça suffira.