le nouveau monde d'Antony & the Johnsons

Boris Bastide

— 

Un chant du cygne à notre planète. Quatre ans après avoir exalté toute la douleur d'être au monde sur l'acclamé I Am a Bird Now, Antony & The Johnsons pleure avec The Crying Light la peine d'une Terre mise à mal. Sans rien perdre de leur stupéfiante beauté. Ce troisième album prend de nouveau les atours de douces orchestrations de piano et de cordes pour accompagner les bouleversants méandres de la voix d'ange d'Antony. Et se refuse de jouer la surenchère. « Il y a beaucoup moins d'intensité que sur l'album précédent, explique le chanteur britannique installé à New York. I Am a Bird était très cathartique. Là, je voulais composer des paysages. »

Les natures mortes d'Antony dépeignent ici un monde en pleine décomposition. De Her Eyes Are Underneath the Ground à Daylight and the Sun en passant par Another World, on y cherche le réconfort d'un environnement déjà ou bientôt absent. Il n'y a plus de barrières entre la déso­lation des hommes et celle de la planète. « Aujourd'hui, j'ai l'impression que mon corps est en phase avec la nature. Qu'on est fait des mêmes éléments, confie le chanteur. Je suis même persuadé que toutes les espèces chantent, même celles qu'on ne peut pas entendre. »

Mais si l'univers d'Antony ne se prête toujours pas à la couleur, The Crying Light se joue aussi bien du noir que du blanc. Inspirés par le danseur japonais Kazuo Ohno, dont « la gestuelle se détachait totalement de la manière dont on se déplace », les dix titres ont été conçus comme un sanctuaire de lumière où l'artiste peut oublier ses aliénations et chercher la paix. « Ma musique a pour but de me donner du réconfort, indique Antony. Je veux guérir, mais pour pouvoir aller mieux, je dois d'abord évacuer mon chagrin. The Crying Light est ma manière d'y parvenir. » ■