Simon Istolainen: «Prouver aux internautes qu'on peut gagner de l'argent»

INTERVIEW Le fondateur du label participatif MyMajorCompany fait le bilan et évoque de nouvelles pistes de développement...

Propos recueillis par Sandrine Cochard

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Le succès de Grégoire l’a conforté dans sa démarche. Simon Istolainen, un des fondateurs de MyMajorCompany, revient sur le modèle économique du label et évoque des pistes de développement à venir…
 
Grégoire a vendu près de 250.000 albums physiques. Content?
Oui. Nous devrions avoir les chiffres des ventes digitales à la fin du mois. En ce qui concerne les mobiles, le titre a été téléchargé 150.000 fois. Grégoire a été un très bon investissement pour les internautes. On espère que les autres artistes qui suivront rencontreront le même succès. Nous avons atteint nos deux objectifs: séduire les internautes avec ce nouveau concept pour faire qu’il mise sur nos artistes et leur prouver qu’on pouvait gagner de l’argent avec.
 
Combien d’artistes ont été produits depuis le lancement du site, le 21 décembre 2007?
Douze avec Grégoire, soit un par mois en moyenne. Onze préparent actuellement leur album. Le prochain à sortir sera celui de la rappeuse Agonie, fin mars.
 
Les artistes soumis aux internautes sont très «grand public». Comment les choisissez-vous?
Nous soutenons les artistes qui nous plaisent et qui cadrent avec le style «mainstream» (grand public, ndlr). Nous sommes conscients de nous adresser à un grand public, il est évident que nous ne proposerons pas du death métal par exemple. En 2008, sur les 8.000 démos reçues, 13 artistes ont retenu notre attention. Au final, nous assumons tous les artistes que nous avons choisis.
 
Douze artistes sont en production. Il n’en reste qu’un à produire… Le choix est plutôt réduit pour les internautes, non?
Nous sommes effectivement conscients de cela. C’est pourquoi nous proposerons 4 ou 5 nouvelles têtes, début février.
 
Pourquoi la major Warner perçoit-elle 53% des recettes générées par les ventes d’album?
Je crois qu’elle touche un peu moins. Warner prend en charge l’ensemble de la distribution de l’album, ce qui suppose des frais réels de production de copies, de gestion de stocks, de force commerciale etc. Il est donc normal qu’elle prenne sa part. Le taux qu’elle perçoit est le taux régulier en cours dans l’industrie du disque.
 
Un contrat d’exclusivité vous lie à Warner jusqu’à mi-2010. Et après?
Nous en discuterons avec eux à ce moment-là mais pour l’instant, je ne vois pas d’obstacles à un renouvellement de notre contrat. Notre collaboration se passe très bien. Nous gardons une liberté artistique totale, Warner n’oriente pas nos décisions.
 
La recette MyMajorCompany profite aussi aux internautes. Combien de producteurs avez-vous?
Sur 29.000 internautes inscrits sur le site, un tiers mise sur les artistes. La mise médiane est d’un peu mois de 50  euros. On peut donc considérer que la majorité s’y adonnent pour le fun.
 
Pourquoi avoir baissé de 7.000 à 1.000 euros la mise maximale par artiste?
Pour densifier notre communauté d’internautes et pour accroître l’exposition de nos artistes sur le site. Auparavant, un artiste était produit par 250 à 350 internautes. Aujourd’hui, cela concerne 900 internautes. Nous nous sommes rendus compte que les 70.000 euros nécessaires à l’entrée en production étaient réunis trop rapidement alors que les albums n’étaient pas prêts. C’est pour cela que nous envisageons de monter l’investissement des internautes à 100.000 euros. La part qui leur revient serait évidemment aussi équitable qu’aujourd’hui.
 
Le modèle économique de MyMajorCompany est-il viable?
Oui. Nous sommes passés de 3 à une quinzaine de salariés. On commence à voir le seuil de rentabilité. L’arrivée de Stéphane Courbit (l’ancien patron d’Endemol France a injecté 3 millions d’euros, ndlr) a augmenté notre capital. Il en détient 49% et nous, 51%. Nous gardons donc la main même si nous écoutons évidemment notre investisseur. Sinon, nous travaillons également sur la diversification de nos sponsors, on regarde ce qui ce fait du côté de la téléphonie mobile… Mais pour l’heure, rien n’est fait.
 
Des rumeurs vous prêtent des projets de télécrochet avec Alexia Laroche-Joubert sur M6
Nous travaillons effectivement avec elle sur un format télé. Nous ne sommes pas opposés à ce principe tant qu’il respecte la philosophie du modèle Internet: découvrir de nouveaux talents qui ne soient pas que des chanteurs mais également des auteurs-compositeurs. Mais rien n’est signé pour l’instant, que ce soit sur le fond d’une telle émission comme sur la chaîne de diffusion.