Antony & The Johnsons: «La nature ne nous juge pas»

INTERVIEW Le groupe new-yorkais est de retour pour un troisième album...

Propos recueillis par Boris Bastide

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Quatre ans après avoir chanté toute la douleur d’être au monde sur l’acclamé «I am a Bird Now», Antony & The Johnsons reviennent avec «The Crying Light», chant du cygne à une Terre en voie de disparition... Le New-yorkais déploie sur ce troisième album de douces orchestrations de piano et de cordes qui accompagnent les bouleversants méandres de sa voix d’ange. Rencontre.



«The Crying Light» peut se lire comme un paysage intime...
Avec ce disque, je voulais explorer ma relation avec le monde physique. Elevé dans la tradition catholique, j'ai longtemps été coupé de mon environnement. On nous apprenait que les êtres humains avaient une âme, contrairement aux plantes ou aux animaux. Aujourd'hui, j'ai l'impression que mon corps est en phase avec la nature. Qu'on est fait des mêmes éléments. Cet album parle de mon désir de repousser les barrières de mon aliénation. Toutes les espèces sont liées par la musique. Toutes chantent même celles qu'on ne peut pas entendre.

Le disque serait également inspiré du travail d'un danseur japonais Kazuo Ohno...
Sa photo est sur la pochette de l'album. Un jour, j'ai vu un film montrant un de ses spectacles. C'était tellement beau que je me suis mis à pleurer. Il y avait dans ces gestes une grâce très enfantine. On avait l'impression que par la danse, il était libéré de son corps, des contraintes du temps. A chaque pas, il semblait redécouvrir le monde. Sa gestuelle se détachait totalement de la manière dont on nous apprend à nous déplacer. Avec ce disque, j'ai essayé de retranscrire cette même expérience en musique.

Le titre «Another World» peut-il se lire comme le souhait d'une autre Amérique?
Ça va au-delà. J'essaie de percevoir la souffrance plus ou moins consciente des gens face à l’évolution de l'humain et de ses ravages sur l’environnement. Cette situation avait pour moi quelque chose de si désespérant, que je voulais chanter du point de vue d'un enfant. On a tous au fond de nous une part d'innocence même si nous avons une énorme responsabilité sur la direction que prennent les choses.


Antony and the Johnsons - Another World
envoyé par wwmila


Vous semblez très préoccupés par les questions écologiques...
En 2006, j'ai été au Pôle Nord voir l'impact du réchauffement climatique. Sur place, j'ai été surpris de découvrir tant de beauté. La nature ne nous juge pas. Simplement, des choses qui ont pris parfois des milliers d'années à se former disparaissent. Une banque a été créée pour collecter des traces et l'ADN de toutes les espèces menacées. Ils se disent qu'ils pourront les réintroduire à l'avenir dans leur environnement. Il faut être insensé pour croire qu'on a autant de pouvoir sur les choses. Pour soulager ma peine, j'ai donc commencé à imaginer que tous les êtres vivants entraient dans un panthéon de rêve à leur mort. Pour moi, ce serait ça le paradis.

Personne ne vous attendait sur un projet disco comme «Hercules and Love Affair»...
Une bonne partie des chanteurs que j'admire comme Otis Redding ou Elizabeth Fraser dégagent une énergie incroyable. Ils vous donnent envie de crier de joie. «Hercules and Love Affar m'a permis d'essayer de les imiter. J'ai dû trouver une manière de chanter qui ferait danser les gens. Une chose que je n'avais jamais fait avec ma musique.