Quatre ans pour retrouver les juifs spoliés

AA avec agence

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«Les Baigneuses» de Gustave Courbet
«Les Baigneuses» de Gustave Courbet — H. LEWANDOWSKI / RMN

A qui appartenaient ces tableaux? C’était le nom d’une exposition au Musée d’art et d’histoire du judaïsme, à Paris, à l'automne 2008. C’est désormais l’objet d’une étude lancée par l'association des musées néerlandais.

Le but: établir si, parmi les œuvres acquises à partir de 1933 par près de 400 musées des Pays-Bas, certaines appartenaient à des juifs spoliés par des nazis.

«Nous devons faire cela maintenant»

«Nous savons que des ventes aux enchères ont eu lieu juste avant et pendant la Seconde guerre mondiale où des juifs ont été obligés de vendre des biens», explique le directeur de l'association Siebe Weide. D'autres objets ont été volés ou ont été saisis après avoir été abandonnés par leurs propriétaires en fuite.

«Après la guerre, dans ce domaine, on n'a pas traité les juifs avec suffisamment de considération, et cette génération vieillit, nous devons faire cela maintenant», ajoute Weide.

Selon l'association néerlandaise Origine inconnue, des milliers d'oeuvres d'art ont été volées, vendues ou confisquées aux Pays-Bas pendant la Seconde Guerre mondiale et ont été envoyées en Allemagne. Selon Weide, «c'est un peu comme chercher une aiguille dans une botte de foin, reprend Weide. Je serais surpris s'il y en avait plus de 100» dont l'origine est suspecte.

Cherche ayant-droits

Pendant l’Occupation, on estime à 100.000 le nombre d'œuvres d’art transférées de la France à l’Allemagne, dans plus de 4.000 caisses acheminées par train. «Leur destination? Les musées du grand Reich, au premier chef celui de Linz, voulu par Hitler, mais aussi les collections des caciques du régime, tel Hermann Goering, qui, en quatre ans, s’est rendu 21 fois au jeu de Paume (où était entreposé le fin du fin des confiscations), pour enrichir ses propres cimaises», peut-on lire dans cet article d’Artnet.fr

Depuis, en France, la mission dite «Mattéoli» a aidé à redonner les œuvres d’art aux personnes spoliées. Pourtant, 2.000 d'entre elles n'ont toujours pas retrouvé leurs ayant-droits. Et pas les moindres: des tableaux de Cézanne, Matisse, Courbet, Sisley ou Seurat n’ont pas rejoint le foyer auquel ils appartenaient avant la Seconde Guerre mondiale.

Répertoriées sous l'appellation «MNR» (Musées Nationaux Récupération) sur un inventaire spécial, ces 2.000 oeuvres ont été confiées au début des années 50 à la garde de la direction des musées de France. Elles ne peuvent être intégrées dans les collections publiques et doivent rester à la disposition d'éventuels demandeurs.

>> Retrouvez en images le parcours de dix de ces tableaux en cliquant ici >>


Aux Pays-Bas, la procédure est donc lancée. L’étude durera quatre ans et devrait coûter 1,3 million d'euros, financés par l'Etat néerlandais.