Les pérégrinations canines de Jean Rolin

Karine Papillaud

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C'est l'ovni de la semaine, mais aussi le fer de lance de la rentrée littéraire : Un chien mort après l'autre (POL), de Jean Rolin, qui paraît jeudi, raconte le curieux et inquiétant phénomène des chiens errants. Le genre de sujet qui départage très vite les bons écrivains des romanciers ordinaires : pas de ballottage pour Jean Rolin, qui remporte l'enthousiasme de son lecteur grâce au mélange de sobriété, de distance et d'ironie qui font son style.

« Vous dire comment l'idée m'est venue serait un peu long. Les sujets que je traite rassemblent des tas de choses et s'étendent sur des années, explique l'auteur de L'Organisation, grand reporter par nature et écrivain par évidence. Disons qu'au cours de mes reportages, j'ai été frappé par l'omniprésence des chiens errants. » Et c'est à partir de son expérience de terrain qu'il sillonne le monde et ses souvenirs pour raconter la présence fidèle et ombrageuse de ces « auxiliaires de la désolation », qu'on trouve dès qu'une catastrophe survient. Du Turkménistan, au moment de la chute du socialisme, à Athènes, avec une certaine Kate (qu'on reconnaîtra comme dédicataire du livre), en passant par le Mexique, l'Australie du dingo, les Etats-Unis, Haïti ou la Russie, la topographie du chien errant dit aussi « féral » est impressionnante. Et l'humanité qu'elle dessine en creux n'est pas moins inquiétante. « Je me souviens du siège de Sarajevo. Dès le premier jour des combats, ils étaient là, dans la ville, triomphants, comme si leur heure était enfin arrivée. » Sous couvert d'une vraie-fausse enquête animalière, Jean Rolin met au jour un nouveau mythe urbain et raconte, à travers celle des chiens, une histoire de l'humanité.