« Ce petit côté rétro me plaît bien »

Recueilli par Benjamin Chapon - ©2008 20 minutes

— 

Comment passez-vous d'une ambiance solitaire de composition à l'exercice d'enregistrement, de tournée et de promotion ?

J'aime ça. Ça me fait sortir de ma bulle. C'est tellement varié le métier de chanteur : entre marcher dans la montagne en cherchant des idées et être en studio avec des musiciens... Ce travail me rend sociable. Ça unit les gens, la musique.

Votre voix rassure. Comment l'expliquez-vous ?

C'est difficile d'accepter sa voix. Elle n'est pas faite pour soi, mais pour charmer les autres. Même si je crois qu'elle a baissé. En revanche, il me semble que je progresse un peu en paroles. Ça ne veut pas dire que le public va davantage aimer mes chansons, mais, moi, je me suis fait plus plaisir à les faire. Ça me demande plus de travail aussi. J'essaie de ne pas ronronner et d'être le plus exigeant possible avec le rythme et la cadence.

Plusieurs chansons ont des arrangements typiques des années 1980...

Renaud Letang [producteur de l'album] m'a proposé ces instrumentations synthétiques et j'ai aimé ça. Ce petit côté rétro me plaît bien.

Dans les paroles aussi, vous parlez du passé avec nostalgie. Le temps qui passe vous inspire ?

Oui, j'en parle souvent. Par exemple, est-ce que c'est bien d'aller vite ? C'est pratique d'aller à Marseille en trois heures, mais si vous êtes avec une poulette que vous aimez bien, c'est un peu court. En wagons-lits, c'était sympa aussi.

Ecrire des chansons vous protège de la rudesse du monde ?

Une chanson peut apporter du soulagement, un truc fraternel. Ce sont des petites bulles à moi et où d'autres gens se sentent bien. Leur fonction, c'est de dire des choses qu'on n'ose pas dire tellement c'est bête. Mais les entendre à la radio, ça fait quand même plaisir.

Comment est née la chanson « Sidi Ferouch » ?

J'ai chanté dans cette ville algérienne, il y a quelques années. On ne peut plus y aller à cause des fous islamiques. Si un chanteur occidental rassemble 3 000 personnes, il risque d'y avoir des bêtises. Cette chanson est un message que je leur envoie parce que je sais qu'ils nous aiment bien. Je me suis appliqué à chanter en arabe, avec beaucoup de difficultés.

Vous abordez souvent des thèmes graves, comme l'exclusion ou la prison, sur des mélodies légères...

Oui, il ne faut pas dire les choses graves trop gravement. Ça passe mieux de façon ironique, je pense.