«C'est avec Sonia Rykiel que l'histoire de la mode contemporaine commence»

INTERVIEW Le musée des Arts Décoratifs consacre une rétrospective à la créatrice de mode pour ses 40 ans de carrière. Rencontre avec le commissaire de l’exposition, Olivier Saillard...

Propos recueillis par Sandrine Cochard

— 

ALFRED / SIPA

Le musée des Arts Décoratifs ouvre ses portes à l’univers mystérieux et envoûtant de la créatrice de mode Sonia Rykiel, à partir de jeudi, qui a fêté cette année ses 40 ans de carrière. Voici la vidéo de son dernier défilé, le 1er octobre dernier, à l'issue duquel trente créateurs lui avaient rendu hommage en vêtement:



A l’arrivée, l’exposition donne à voir plus de 200 vêtements de collection empreints de sensualité et de liberté chères à la créatrice. Le parcours thématique de l’exposition, où les alcôves se succèdent dans une ambiance feutrée, révèle chacun des thèmes forts de la maison Rykiel, des pulls en laine aux rayures, du noir aux couleurs, des dentelles aux mousselines. Un travail «de conservateur et d’admirateur», confie Olivier Saillard, le commissaire de l’exposition, qui a réfléchi à cette exposition pendant un an et demi. Interview.

Pourquoi cette rétrospective sur les 40 ans de carrière de la créatrice de mode Sonia Rykiel au musée des Arts Décoratifs?
Nous trouvions injuste que cette créatrice, qui a lancé sa première collection sous son nom en 1978, n’ait toujours pas eu, au bout de 40 ans de métier, une exposition retraçant l’ensemble de son travail. Nous avons voulu corriger cette injustice en consacrant cette créatrice qui a été une pionnière.

Qu’a-t-elle apporté à la mode?
En mettant les coutures à l’envers, en supprimant les ourlets, en supprimant l’intérieur des vêtements, en introduisant le noir comme une couleur de mode, elle a été une des premières à donner un vocabulaire moderne à la mode. D’une certaine manière, c’est avec elle que l’histoire de la mode contemporaine commence, avec une volonté permanente d’inscrire un style, un uniforme au-delà des modes. Ce n’est pas pour rien qu’elle a inventé le mot «démode», dans les années 1970, pour qualifier une mode qu’elle voulait plus durable que le reste. Une démode qui est toujours d’actualité, devenue classique et intemporelle.

Comment avez-vous organisé cette exposition?

Nous consacrons deux étages à cette rétrospective. Le premier est davantage théorique, j’ai voulu montrer les fondamentaux de la maison Rykiel. Il est organisé selon des thématiques, comme les rayures ou la garde-robe inspirée par la mode masculine… Bref, tout ce qui fait que Sonia Rykiel a été en avance sur son époque, déconstructiviste et conceptuelle avant les autres. Au second étage, j’ai préféré laisser opérer la magie du personnage. On y retrouve les 60 photographies de Dominique Issermann, qui a collaboré avec Sonia Rykiel entre 1979 et 1991. Enfin, il y a une salle, en fin d’exposition, qui rassemble les créations hommage de trente grands couturiers, présentées lors du dernier défilé de la maison Rykiel.