Les enfants de Mesrine ne veulent pas que les lettres enflammées de leur père soient publiées

CULTURE Ils ont attaqué en référé Martine Malinbaum, l’ancienne avocate du gangster, pour avoir publié la correspondance que celui-ci lui avait adressée quand il était à la prison de la Santé...

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Durant 30 ans, elle a enfoui dans sa mémoire le souvenir de cette "terrifiante" journée. Mais aujourd'hui, Jeannine Martigny, otage, avec sa famille, en 1978, de Jacques Mesrine et son lieutenant François Besse, a besoin d'"exorciser le passé".
Durant 30 ans, elle a enfoui dans sa mémoire le souvenir de cette "terrifiante" journée. Mais aujourd'hui, Jeannine Martigny, otage, avec sa famille, en 1978, de Jacques Mesrine et son lieutenant François Besse, a besoin d'"exorciser le passé". — AFP/Archives

Pas de lettres d’amour de Jacques Mesrine sur la place publique. Deux des trois enfants du gangster français, récemment incarné à l'écran par Vincent Cassel, attaquent en référé Martine Malinbaum, l’ancienne avocate de leur père, pour avoir publié la correspondance que celui-ci lui avait adressée.
 
Le livre, intitulé «Mesrine intime. Lettres de prison à son avocate», a été édité aux éditions du Rocher. Il compile une quarantaine de lettres et de poèmes écrits par Mesrine depuis la prison de la Santé, entre 1976 et 1978.
 
Sabrina et Boris, ayants droits de Mesrine, 47 et 42 ans aujourd'hui, accusent l'avocate d'avoir violé le secret professionnel qui la liait à son client et d'avoir publié ses lettres sans leur autorisation. Conséquence: ils demandent l'interdiction de l'ouvrage et réclament 25.000 euros pour «atteinte à leurs droits moraux et patrimoniaux».
 
Héritiers ou non?

Sauf que la situation est plus compliquée qu’il n’y paraît. Il n’est pas sûr qu’il y ait vraiment atteinte aux droits moraux et patrimoniaux puisque, Mesrine étant criblé de dettes à sa mort en 1979, ses enfants auraient refusé l’héritage. «Ceux qui attaquent aujourd’hui sont incapables de prouver qu’ils ont bien accepté la succession, et qu’ils sont donc les héritiers des droits sur l’oeuvre de leur père», argue Emmanuel Pierrat, l'avocat de Martine Malinbaum. Or «à partir du moment où on refuse un héritage, on le refuse dans sa globalité».
 
Martine Malinbaum, entendue sur France Inter, se défend aussi: «Je ne pense n’avoir pas desservi sa mémoire. C’est de la poésie, de l’écriture (...) C’était de mon devoir de rendre ces lettres publiques.» A l’époque où elle avait reçu les missives de celui que l’on appelait «l’ennemi public numéro1», elle avait 26 ans. Quant à ces lettres, elles montrent que Mesrine savait manier les mots au moins aussi bien que les armes.

Dossier déplacé

Lors de l'audience du référé, ce jeudi matin, maître Emmanuel Pierrat a demandé au juge des référés Anne-Marie Sauteraud de dépayser le dossier, en invoquant l'article 47 du Code de procédure civile. Cet article prévoit qu'un avocat qui exerce dans la juridiction qui est saisie d'une affaire le concernant puisse «saisir une juridiction située dans un ressort limitrophe». Or Me Malinbaum est avocat au barreau de Paris et membre du conseil de l'ordre à la cour d'appel de Paris.

Tout en donnant son accord à ce dépaysement sur le principe, le juge a mis sa décision en délibéré à vendredi pour ce qui est du choix de la juridiction limitrophe.