Coup de jeune pour les vieux mutants

Olivier Mimran - ©2008 20 minutes

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Habitués à se reposer sur leurs lauriers, les super héros voient leur train-train bouleversé par une poignée de scénaristes aussi créatifs qu'audacieux. Dernière illustration en date, la série « Civil War », dont le troisième volume de l'édition Deluxe sort aujourd'hui (Panini Comics). Créé par l'Ecossais Mark Millar, ce crossover (épisode qui regroupe des personnages issus d'univers différents) remet en cause les mythes fondateurs du genre en opposant ses acteurs. A la suite d'une tragédie qui a causé la mort de centaines de civils, le Congrès américain vote une loi visant à recenser et à contrôler les super héros. Avec Iron Man pour chef, les plus disciplinés se lancent à la poursuite d'insoumis menés par Captain America. Spiderman va même, en guise d'exemple, dévoiler son identité secrète devant les médias ! La violence aidant, les vieilles amitiés s'effacent pour faire place à d'improbables alliances. Certains super-vilains s'achètent même une rédemption en se pliant à la nouvelle loi. La lutte entre héros conduit inévitablement au drame, avec la mort d'un des personnages les plus emblématiques du comics made in USA...

Menée de main de maître par des scénaristes « nouvelle génération » tels Millar, Bendis ou Brubaker (tous quadragénaires), « Civil War » chamboule ainsi allègrement le super-ordre établi. Qui est patriote ? Qui est fasciste ? Bref, qui sont les vrais héros ? Ceux qui respectent et imposent la loi - fût-elle inique - ou ceux qui la défient au nom de la liberté ? Si d'autres séries récentes jouent également la carte de la démythification (voir encadré), « Civil War » s'avère essentielle par son message politique quasi pamphlétaire. Le Super-Human Registration Act (Loi de recensement des Surhommes) caricature le Patriot Act de l'administration Bush, et la prison pour super-réfractaires, située dans un monde parallèle hors de toute juridiction, fait penser à Guantanamo. En fusionnant réalité et fiction, le renouveau du comics grand public confère une humanité à des héros qui en étaient tristement dépourvus.