Le Goncourt 2008 est attribué à Atiq Rahimi

LITTERATURE Il était en lice avec trois autres auteurs (Jean-Marie Blas de Roblès, Jean-Baptiste Del Amo et Michel Le Bris)...

Sa. C. avec agence

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Point d’orgue de la saison littéraire, le prix Goncourt ne connaissait pas, cette année, de favori. Le jury a finalement choisi Atiq Rahimi, en lice avec trois autres auteurs (Jean-Marie Blas de Roblès, Jean-Baptiste Del Amo et Michel Le Bris). Il succède ainsi à Gilles Leroy, lauréat 2007, pour «Alabama song» (Mercure de France). «Nous avons voté pour un livre terriblement humain», a fait valoir Didier Decoin, secrétaire général de l'Académie du Goncourt.

Atiq Rahimi l'emporte au second tour, par 7 voix contre 3 pour Michel Le Bris et son livre «La beauté du monde» paru chez Grasset.

Auteur atypique

L’Afghan Atiq Rahimi est un cinéaste et romancier de 46 ans, né à Kaboul en 1962. Après des études à Kaboul, Atiq Rahimi quitte son pays en guerre, au milieu des années 1980, pour émigrer au Pakistan. Il demande ensuite l'asile politique en France et obtient un doctorat en audiovisuel à la Sorbonne. Il adapte lui-même son premier roman, «Terre et cendres» (2000), au cinéma. Le film est sélectionné en 2004 pour le Festival de Cannes dans la catégorie «un certain regard», et obtient le Prix du regard vers l'avenir.

Dans la tradition afghane, «Syngué sabour» (P.O.L - Gallimard) est le nom d'une pierre magique à laquelle les gens confient leur détresse. Dans le livre de Rahimi, une femme veille son mari réduit à l'état végétatif depuis qu'une balle s'est logée dans sa nuque. La femme parle et se libère de l'oppression conjugale et religieuse. Auparavant, il avait écrit trois romans, en persan.


Atiq Rahimi : Prix Goncourt 2008
envoyé par Mediapart

Les autres prétendants

Il l'emporte donc sur Michel Le Bris, 64 ans, auteur confirmé de plus de 30 livres et grand défenseur de la littérature de voyage. Son roman «La beauté du monde» (Grasset) évoque les années folles, entre boîtes de jazz de New York et grands espaces africains.

Troisième prétendant au titre, Jean-Marie Blas de Roblès, 54 ans, auteur tout de «Là où les tigres sont chez eux» (Zulma). Ecrivain globe-trotter, philosophe, archéologue, Blas de Roblès a mis dix ans pour écrire cette «forêt d'histoires» à cheval entre le 17e siècle et le Brésil contemporain. Et dix ans pour le publier, après qu'une trentaine d'éditeurs, effrayés par les 800 pages du texte original, ont refusé son manuscrit. Le Goncourt lui échappe mais il pourra toujours se consoler avec le prix Médicis, qu'il a remporté le 5 novembre dernier.

Enfin, quatrième en course avec son premier roman, «Une éducation libertine» (Gallimard), Jean-Baptiste Del Amo, 26 ans, n'a finalement pas créé la surprise.

Prix Renaudot

Quelques minutes après le Goncourt, le prix Renaudot, dont le jury compte J-M G. Le Clézio, a couronné le Guinéen Tierno Monénembo. Un choix difficile puisqu'il a fallu 11 tours pour couronner son livre «Le roi de Kahel» (Le Seuil). Il y raconte l'épopée d'Olivier de Sanderval, précurseur de la colonisation de l'Afrique de l'ouest à la fin du XIXe siècle. Monénembo est l'auteur d'une dizaine de romans, dans lesquels il évoque notamment l'impuissance des intellectuels en Afrique et les difficultés de vie des Africains en France, parmi lesquels «Les crapauds-brousse» (1979) et «Peuls» (2004).

«Un chasseur de lions» (Le Seuil) d'Olivier Rolin, avait pourtant été bien accueilli par le public et la critique. Deux auteurs Grasset, Olivier Poivre d'Arvor («Le voyage du fils») et l'inattendu Elie Wiesel («Le cas Sonderberg»), figuraient également en bonne place. Salim Bachi pour «Le silence de Mahomet» (Gallimard) complètait la sélection.

Le dernier grand prix d'automne, l'Interallié, sera décerné le 18 novembre.