Gainsbourg

Benjamin Chapon - ©2008 20 minutes

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On pénètre la vie et l'oeuvre de Gainsbourg comme on entre en une forêt inhospitalière. L'exposition Gainsbourg 2008 de la Cité de la Musique est une expérience sensorielle plus qu'un simple catalogue d'objets et de vidéos : vingt-quatre piliers constitués d'écrans et de photos et une cacophonie organisée de chansons, lectures, émissions... Frédéric Sanchez, musicien et illustrateur sonore, a été mandaté par la Cité de la musique pour réaliser cette exposition événement : « Ce parcours est comme un film d'images brutes que le visiteur doit monter en fonction de ses émotions et souvenirs. »

Les 500 m2 de l'exposition sont divisés en quatre espaces : la « Période bleue » (1958-65), « Les idoles » (1965-69), « La décadanse » (1969-79) puis « Ecce homo » (1979-91). Les images et les sons se juxtaposent dans un maëlstrom parfois d'autant plus difficile à décortiquer que les références des vidéos ou des photos sont placées sur un mur sombre de l'exposition. On reconnaît tout de même un portrait de l'Amiral Nelson, clin d'oeil à Mélodie Nelson.

Le long d'un mur en miroir, qui amplifie astucieusement l'espace et permet des effets visuels étonnants, ont été placés plusieurs objets ayant appartenus à Serge Gainsbourg et prêtés par sa fille, Charlotte. On trouve, pêle-mêle, des manuscrits de chansons, un briquet zippo, une collection d'insignes de polices, et bien sûr le manuscrit original de La Marseillaise de Rouget de l'Isle, acheté aux enchères par Gainsbourg.

Au fil des cent trente vidéos, les inombrables visages de Gainsbourg se répondent, du réformateur de la période yéyé jusqu'au punk mondain. Si l'on peut être rebutés par le brouhaha dans lequel baigne l'exposition, la demie pénombre est une réussite. « Gainsbourg a travaillé sur l'idée de la citation et a développé un univers très sophistiqué, explique Frédéric Sanchez. Je voulais immerger le spectateur dans cet univers. »