Dennis Hopper, la mémoire hollywoodienne

CULTURE Zoom sur une exposition consacrée à l'acteur et réalisateur d'«Easy Rider» à la cinémathèque française...

Alice Antheaume

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Dennis Hopper et Bob Dylan dans Backtrack de Dennis Hopper, 1989.
Dennis Hopper et Bob Dylan dans Backtrack de Dennis Hopper, 1989. — Collection Dennis Hopper, Los Angeles.

«Je me souviens de la mort de Marilyn Monroe (1962), de la marche des Black Panthers (1967), de la première gay pride à New York (1970), de Madonna chantant «Like a Virgin» (1984), du 11 septembre (2001)», énumère Dennis Hopper. Le réalisateur du cultissime «Easy Rider» incarne à lui tout seul une partie de la mémoire culturelle des Etats-Unis. Et le fait savoir dans une vidéo diffusée à l’entrée de l’exposition qui lui est consacrée à la cinémathèque française, à Paris, «Dennis Hopper et le nouvel Hollywood».

Vidéo qui s’achève par un rictus en coin d’Hopper déclamant: «Je me souviens d’Obama, candidat à la présidence des Etats-Unis d’Amérique». Façon de prier pour que le candidat démocrate remporte les élections du 4 novembre prochain.
 
Jane Fonda en bikini, Paul Newman torse nu

Dans cette expo, les visiteurs furètent, sans repère chronologique ni rappel pédagogique, parmi les œuvres de la collection personnelle d’Hopper, l’un des premiers acheteurs de Jean-Michel Basquiat, Roy Lichtenstein ou Andy Warhol - dont il acheté l’une des premières soupes Campbell pour 75 dollars.

Au programme aussi: une quarantaine de photos en noir et blanc prises par ce «touriste» de Hopper, comme le surnommait ses amis à force de le voir mitrailler. Des photos épatantes de James Brown, Tina Turner, Jane Fonda qui tire à l’arc en bikini ou Paul Newman, jeune et torse nu. Coïncidence? «J’étais amoureux de Joanne Woodward», celle qui est devenue la femme de Paul Newman, a déclaré Hopper.
 
Non grata à Hollywood


Côté cinéma, on voit aussi Hopper jouer dans «L'ami américain» de Wim Wenders, «Apocalypse now» de Francis Ford Coppola ou «Blue velvet» de David Lynch. «Personne n’a eu autant de problème que moi avec Hollywood», confie l’acteur, 72 ans aujourd’hui. Dispute avec Henry Hathaway, producteur phare de l’époque, difficultés de financement de ses films, et vide cinématographique qui s’en est suivi: «Il aura fallu que je reçoive le Lion d’Or à Venise pour “The last movie” (1971) pour entrer à Universal comme si j’avais gagné un championnat de basket», reprend Dennis Hopper, qui juge qu’aujourd’hui Hollywood est un repère de personnes «sorties d’écoles de commerce». Il n’y a plus de «cinéphiles» puisqu’on leur reproche de faire des «erreurs», assène Hopper. «Si vous ne faites pas le chiffre du box-office du week-end, vous êtes viré».
 
Motard mais pas trop

Même en 2008, la virée en moto de Peter Fonda et Dennis Hopper, accros aux drogues dans «Easy Rider», tourné en cinq semaines et demi en 1969, continue à hanter les esprits. Pourtant, depuis, Hopper s’est racheté une vertu: «Il y a 25 ans, j’ai soudain découvert que j’avais un problème avec l’alcool et la drogue. J’ai tout arrêté; ma vie est métamorphosée, en bien.»



Et quitte à en déboulonner plus d’un, l’acteur a aussi révélé «ne pas être un biker et n’être jamais aussi heureux qu’en descendant de moto». Perplexes, ses fans s’enquièrent: pourquoi avoir chevauché des motos pour Easy Rider alors? Réponse de Hopper: «Parce que c’était un western moderne: la moto remplaçait le cheval.»