«J'aimais la folie de Guillaume Depardieu, ses moment de dingueries»

HOMMAGE Les réactions à la mort de Guillaume Depardieu...

AA et CI

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L'acteur Guillaume Depardieu a été condamné jeudi à deux mois de prison ferme par le tribunal correctionnel de Versailles, pour avoir conduit, en état d'ivresse un scooter, dans la nuit du 10 février, à Bougival (Yvelines).
L'acteur Guillaume Depardieu a été condamné jeudi à deux mois de prison ferme par le tribunal correctionnel de Versailles, pour avoir conduit, en état d'ivresse un scooter, dans la nuit du 10 février, à Bougival (Yvelines). — Marcus Brandt AFP/DDP/Archives

Le monde de la culture et du cinéma a réagi lundi au décès brutal du comédien Guillaume Depardieu, mort à 37 ans.

Bruno Solo, comédien, auteur et producteur
«J'avais croisé Guillaume Depardieu quand il était pressenti pour jouer dans "La Vérité si je mens" numéro 1, il venait d'avoir un accident, il avait du mal à marcher. Il savait que j'étais acteur. Sous mon nez, il a appelé Thomas Gilloux (qui s'occupait du casting, ndlr) en lui disant: "Moi je ne peux pas faire ton film, je suis blessé, pourquoi tu ne verrais pas Bruno Solo?" Et il m'avait passé le téléphone. C'est indirectement grâce à lui si j'ai joué dans ce film. J'aimais sa folie, ses moment de dingueries. C'est quelqu'un qui irradiait beaucoup, et était irradiant aussi. C'était un acteur rare (...) Un mec qui était trop libre pour rentrer dans les carcans du cinéma.»


 
Thierry Frémaux, directeur délégué du Festival de Cannes
«J'éprouve une énorme tristesse. Je me souviens de "Tous les matins du monde", où d'emblée ce jeune acteur s'était imposé: il n'était plus un "fils de". Son intransigeance était salutaire, il ne négociait pas avec ses convictions. Il avait peur de montrer sa grande générosité, de peur qu'on en abuse. Il n'avait pas choisi par hasard ses deux derniers rôles, dans "De la guerre" de Bertrand Bonello et "Versailles" de Pierre Schoeller, deux personnages caractérisés par la solitude et la générosité.»

Jack Lang, ancien ministre de la Culture
«Avec une sensibilité à fleur de peau, une virtuosité d'expression rare, une maîtrise absolue de son art, Guillaume avait atteint la perfection. J'aimais en lui son intelligence créative, son sens poétique, son infinie bonté, sa tendresse et son sens de la révolte».

Bertrand Delanoë, maire de Paris

«Acteur d'une exceptionnelle intensité, souvent rebelle et toujours émouvant, il laissera la trace d’une immense sensibilité et d’un charisme rare. Au fil d’une carrière tragiquement courte, il s’était imposé depuis Tous les matins du monde, comme un comédien d'une grande humanité, apportant au cinéma français une touche incomparable d'ardeur et de jeunesse. Son combat contre les infections nosocomiales demeure le témoignage d’une cause essentielle».

Claude Berri, producteur et réalisateur
«C'est quelqu'un que j'ai beaucoup aimé, que j'ai connu avec ses parents. Il venait souvent chez moi. C'est très, très affreux».

Josée Dayan, réalisatrice, qui avait fait jouer Guillaume Depardieu dans le téléfilm «Les rois maudits»
«Je suis bouleversée parce que c'était un ami, je l'aimais infiniment, c'était un type formidable, un immense acteur. Je l'ai eu au téléphone il y a encore trois jours, il terminait un film en Roumanie, on parlait de projets, de films à faire, il avait envie de faire ce métier, c'était un grand artiste, un homme merveilleux».

Jean-Pierre Mocky, réalisateur avec qui Guillaume Depardieu avait tourné dans «Alliance cherche doigt» (1997)
Il était «un homme torturé par sa jeunesse, par les relations qu'il avait eu avec son père» mais qui avait «réussi à se recréer un nom. C'est un peu comme si j'avais perdu mon fils (...) Il était très écorché, c'est ce qui lui a donné cette personnalité, un peu à la James Dean».

Christophe Girard, adjoint PS au maire de Paris en charge de la culture
«Il part au même âge que Rimbaud. Il existe entre les deux personnages tellement de points communs dans la dimension géniale et romanesque des deux personnalités».

Marc-Olivier Fogiel, qui a co-écrit «Tout donner» en 2004 avec l'acteur, interrogé sur Europe1
Guillaume Depardieu était «surtout quelqu'un de très attentionné, de très attentif à l'autre (...) On a écrit ce livre ensemble pendant de longues semaines, il était d'une politesse incroyable, s'est rappelé l'animateur. Il m'avait invité au restaurant pour fêter la sortie de ce livre. Il m'avait dit: "tu vois je ne bois pas pour toi ce soir, pour respecter l'engagement qu'on avait pris ensemble". C'était vraiment un type sensible, il est certainement mort de cette sensibilité».

Christine Albanel, la ministre de la Culture

«Personnalité riche et complexe, Guillaume Depardieu avait obtenu à vingt ans, son premier grand rôle dans l’inoubliable "Tous les matins du monde" d’Alain Corneau. Il y incarnait le jeune joueur de viole Marin Marais avec un rare bonheur. Le grand public découvrait un nouveau talent. Guillaume Depardieu jouait dans ce film aux côtés de son père et déjà il s’était fait un prénom. Il a poursuivi sa carrière à travers le grand et le petit écran».