NTM: «Des bêtes de scène et des messagers»

CULTURE Le rappeur Brasco, l'écrivaine Joy Sorman, et le réalisateur Arnaud Desplechin donnent leur vision du phénomène NTM...

Oihana Gabriel

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Joey Starr et Kool Shen, de NTM pendant les Solidays, le 5 juillet 2008.
Joey Starr et Kool Shen, de NTM pendant les Solidays, le 5 juillet 2008. — REUTERS/Benoit Tessier

Retour en trombes pour NTM, le groupe culte de rap des années 1990. Cinq passages à Bercy, une tournée en province, en Suisse et en Belgique: le duo réussit toujours à rassembler un public fidèle et disparate. S’ils ont révolutionné la musique, leur influence touche toute la culture française. 20minutes.fr a interviewé trois personnalités de la culture qui donnent leur vision du phénomène NTM: Brasco, un jeune rappeur, Joy Sorman, auteure de «Du bruit» (éd. Gallimard) sur le groupe de rap et Arnaud Desplechin, réalisateur de «Rois et Reine», film dans lequel il utilise une de leurs chansons.

Brasco, 26 ans, rappeur
«Ils ont ouvert les portes pour des rappeurs comme moi. Je n’ai pas été influencé par leur musique mais par l’énergie qu’ils dégagent sur scène. Quand je fais un concert, je gesticule partout comme Joey Starr. C’est vraiment des bêtes de scène et des messagers. Ils sont plus vieux, mais ils ont toujours quelque chose à dire et encore des choses à m’apprendre.»  
 
Joy Sorman, 34 ans, écrivain auteure du livre «Du Bruit» sur NTM
«Ils ont inventé un nouveau rapport à la langue, une nouvelle manière de prononcer, d’articuler. Ils ont imaginé une langue qui est celle de la jeunesse des années 1990. Dans cinquante ans, ils seront toujours dans le patrimoine français, ils restent emblématiques des années 1990. Des pères de famille de 40 ans ne peuvent plus porter la même vitalité qu’à 20 ans. Mais finalement, très peu de rockeurs et de rappeurs peuvent se permettre de vieillir. L’important c’est qu’ils mouillent le maillot sur scène et que le public soit heureux.»

Arnaud Desplechin, 48 ans, réalisateur
«J’ai une gratitude et une admiration immensse pour Kool Shen et Joey Starr. La gratitude d’avoir été leur contemporain et leur fan.

Comment peut-on ne pas aimer «Ceux qui dérangent»? NTM a inventé la plus terrible et la plus belle description de la France des vingt dernières années. Dehors le kitch ou le sentimentalisme, finie la chanson. C’est le hip hop le plus vivant qui soit avec une rage et un «flow» imparables.

J’ai eu le très grand honneur de pouvoir mixer «IV My People» dans un de mes films. Regret, mélancolie, colère intacte, fidélit : il n’y avait qu’une seule chanson capable de dire la somme de souvenirs, de chagrins et de joie que j’essayais d’évoquer. Ces années-là, je les ai vécues en écoutant leurs disques. Ce fut une très grande fierté de leur rendre ainsi hommage.»