Eliette Abécassis: «Entre Sonia et Nathalie Rykiel, c’est une histoire d’amour qui n’en finit pas»

LIVRES Interview d'Eliette Abécassis, auteure de «Mère et fille, un roman»...

Recueilli par Alice Antheaume

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On reconnaissait Kenzo Takada, Hubert de Givenchy, Christian Lacroix, John Galliano, Vivienne Westwood, Valentino, Jean Paul Gaultier, Inès de la Fressange, le directeur artistique de la maison Saint Laurent Stefano Pilati, le couturier de la maison Lanvin Alber Elbaz, Sonia et Nathalie Rykiel.
On reconnaissait Kenzo Takada, Hubert de Givenchy, Christian Lacroix, John Galliano, Vivienne Westwood, Valentino, Jean Paul Gaultier, Inès de la Fressange, le directeur artistique de la maison Saint Laurent Stefano Pilati, le couturier de la maison Lanvin Alber Elbaz, Sonia et Nathalie Rykiel. — Bertrand Langlois AFP

Sonia Rykiel, c’est le nom d’une marque de couture devenue empire et aussi, le nom d’une mère. Une mère «confrontée à la difficulté de créer un être humain à côté des vêtements qu’elle imagine», explique Eliette Abécassis qui décrypte, dans «Mère et fille, un roman», la relation entre Sonia et sa fille Nathalie, devenue présidente de la société de sa génitrice.
 
Pourquoi avoir choisi de parler des relations mère/fille via les Rykiel?
La relation entre Sonia et Nathalie Rykiel m’a paru être une histoire extrême, parce qu’elles ne sont jamais quittées depuis la naissance de Nathalie. Les hommes sont passés dans leur vie mais elles sont restées unies: aujourd’hui encore, elles travaillent ensemble, avec leur bureau cote à cote. Les romanciers veulent toujours parler des limites mais là, c’est une histoire d’amour qui n’en finit pas. Et malgré leur monde particulier, elles ont une relation universelle, celle de toutes les mères et les filles, faite d’amour et de haine.
 
Vous avez passé un an à suivre Sonia et Nathalie au quotidien et vous dites pourtant que votre livre est un roman, pas un document…
Tout est vrai mais reconstitué à partir de ce qu’elles m’ont dit, ensemble ou séparément. Je ne voulais faire une enquête journalistique avec tous les détails sur la création de l’entreprise Sonia Rykiel et ses liens avec le féminisme. Mon roman est subjectif: de vraies personnes deviennent des personnages.
 
Pensez-vous que Sonia et Nathalie Rykiel ont accepté votre projet justement parce qu’il ne s’agissait pas d’une biographie?
Peut-etre car elles étaient surtout intéressées par l’idée que quelque chose soit créé. S’il s’était agi de donner un reflet exact de ce qu’elles ont fait, elles auraient sans doute parlé avec plus de retenue, pour essayer de contrôler ce qui en ressortirait.
 
Y a-t-il des passages qu’elles ont trouvé trop «romancés»?

Oui, le moment de la passation de pouvoir, quand Nathalie est finalement devenue présidente de la société Sonia Rykiel. Longtemps, Nathalie a travaillé avec sa mère, prenant de plus en plus d’importance mais sans avoir le titre. C’était difficile pour Sonia de laisser sa place. Cette entreprise, elle l’a créée. Et quand on est une artiste comme elle, qui considère la création comme la vie, se retirer, c’est compliqué.

Elle l’a finalement annoncé à sa fille au café Flore, là où une table leur est réservée et un club sandwich porte leur nom sur la carte. Je n’y étais pas, j’ai donc imaginé la scène en fonction de ce que chacune m’avait raconté. Mais en la lisant, elles ont dit qu’en réalité, ça s’était passé de façon beaucoup plus pacifique.
 
Comment définir Nathalie Rykiel et Sonia Rykiel?
Nathalie est très spontanée, dans une exigence de sincérité et de vérité constante. Sonia, en revanche, elle est dans la dissimulation, le mensonge, le mythe. Elle revendique d’ailleurs d’être double et de tenir des rôles.
 
En quoi sont-elles des symboles de la culture française?
La couture, ça fait partie de la culture française. Et il y a peu de femmes qui détiennent des maisons de couture. Sonia a créé la femme Rykiel, une femme qu’elle dit «déglinguée», une intellectuelle plutôt rive gauche, d’une grande élégance avec une pointe de fantaisie. Les robes qu’elle imagine sont pour les femmes qui vont chercher leurs enfants, qui travaillent, qui divorcent et qui se retrouvent débordées.
 

A lire «Mère et fille, un roman», éd. Albin Michel, 15.90 euros