«Je préfère les caresses aux coups de fouet»

INTERVIEW CharlElie Couture...

Recueilli par Alice Antheaume

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CharlElie Couture dans son atelier à New York
CharlElie Couture dans son atelier à New York — Fish Sel

En France, il est connu comme chanteur. Aux Etats-Unis, où il vit depuis quatre ans, il est avant tout un «artiste contemporain», comme il le définit lui-même. CharlElie Couture, 52 ans, expose, au centre d’art contemporain de Perpignan, peintures sur rideau de douche et photos sur bâches, évocations des «2028 blocs» de New York. S'il est en France quelques jours, c'est aussi parce qu’il vient rencontrer le dalaï-lama, lors de l’inauguration d'un temple boudhiste, en présence de Carla Bruni-Sarkozy. Mais «ça n’est pas le sujet de l’interview», rappelle-t-il.
 
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Vous habitez New York, vos œuvres évoquent New York. Qu’est-ce qui vous fascine tant dans cette ville?

Ce qui est fou à New York, c’est qu’on va jusqu’au bout de son aventure. Car les Américains admettent qu’ils bossent sur un seul domaine et ignorent tout des autres sujets. C’est une culture monophonique, l’inverse de ce qu’il se passe en France. Les Français s’intéressent à tout, ont l’impression qu’ils peuvent tout choisir, comme s’ils étaient face à buffet garni. Or on confond souvent les notions de liberté et de choix.
 
Vous faites de la musique et de la peinture. Avez-vous choisi entre les deux?
Depuis le début, je ne fais qu’une seule chose, je suis plasticien. J’ai réalisé ma première exposition à 15 ans et j’ai aussi étudié aux Beaux Arts. Jamais je n’aurais cru réussir en musique. Aujourd’hui, je considère la musique comme une fée qui m’a accompagné mais à New York, je n’en fais pas. Du moins, pas en public.

Pendant des années, j’ai essayé de mener musique et peinture en parallèle. Or ces deux mondes sont opposés. Le succès d’un disque tient au nombre d’exemplaires vendus, alors que la valeur d’une œuvre d’art repose sur sa rareté. C’est donc très difficile de s’adresser à la fois à un public qui se réjouit du nombre et un qui préfère l’unique. J’admets ma schizophrénie, j’ai toujours vécu avec ça. Mais je n’admets pas qu’on dise que je papillonne ou que je zappe.
 
On dirait que, pour vous, la France= la musique, et New York= la peinture. Allez-vous rester à New York?
Oui. A New York, les gens sont inexorablement tournés vers le futur. Ils ne me demandent pas ce que j’ai fait, mais ce que je veux faire. En France, on ne fait pas confiance, on me met au défi. Quand l’équipe de hand française perd aux JO, on réclame des comptes. Quand Bush sort des conneries, les Américains ne font pas la révolution. Ils ont une relation à l’ordre différente de celle des Français. Et moi, je préfère les caresses aux coups de fouet.
 
Vos œuvres se vendent-elles?
En France, bof. A New York, oui. J’ai pris 35% de ma valeur depuis quatre ans. Heureusement, car sinon, je ne pourrais pas tenir, je n’ai pas accumulé de trésor de guerre.

A voir Exposition CharlElie Couture, «Acentmètresducentredumonde», jusqu'au 14 septembre au centre d'art contemporain de Perpignan, 3, avenue de Grande-Bretagne.