Le livre numérique dans les starting-blocks

LIVRES Le rapport sur le sujet, commandé par Christine Albanel en février dernier, vient de lui être remis…

Avec agence

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Le livre va-t-il connaître la même révolution numérique que le cinéma ou la musique? Impossible à dire aujourd’hui «mais on ne peut pas l’écarter, donc il faut s’y préparer», a estimé Bruno Patino, le patron de Télérama et du Monde.fr, qui vient de rendre un rapport sur le livre numérique à Christine Albanel, la ministre de la Culture.

Le rapport, qui évoque le fossé entre le monde de l’édition et l’univers des réseaux, prévient: «une vigilance toute particulière doit notamment être portée à la concurrence nouvelle qui pourrait s’exercer entre les détenteurs de droits (auteurs et éditeurs), dont la rémunération de la création doit être préservée et valorisée, et les détenteurs d’accès et de réseaux, qui n’ont pas nécessairement intérêt à la valorisation des droits de propriété intellectuelle.»

Entre fournisseurs de réseaux et éditeurs

Et pour éviter les conflits, le rapport Patino préconise la création, à Bruxelles, d’un «lobby de la propriété intellectuelle» qui défende «l’application d’un taux de TVA réduit sur les biens culturels numériques».

Même sur support numérique, le prix des livres devrait être toujours décidé par les éditeurs, comme l’impose déjà, pour l’imprimé, le prix unique du livre, une loi de 1981. C’est la diversité éditoriale de l’offre qui est en jeu, souligne le rapport.

Autre point relevé: le nécessaire développement d’une «offre légale attractive», avec un format opérant sur tous les supports de lecture, sans problème d’incompatibilité. Le moyen d’éviter, selon Bruno Patino, que le marché se développe grâce au piratage. Construire une offre légale satisfaisante, c’était aussi une préconisation des fournisseurs d’accès à Internet au moment des accords Olivennes, mais que le gouvernement a pour l’instant mis de côté pour le projet de loi anti-téléchargement.

L’iPod du livre n’existe pas encore

Une interrogation reste en suspens: sur quel support pourrait se faire, en masse, la lecture du livre numérique? Quel serait l’iPod du livre? Un lecteur dédié, comme le Kindle? Un téléphone portable, comme c’est déjà le cas au Japon où le marché des livres numériques représente 3% du marché global de l’édition (environ 1,2% en France)? Seul l'avenir le dira.

Pour l’instant, le livre numérique n’a pas trouvé de quoi améliorer les défauts du livre imprimé. Sur écran ou sur papier, le livre est toujours allergique au feu et l’eau. De quoi expliquer que «l’entrée dans l’ère numérique semble se produire plus tardivement pour le livre» que pour les autres industries culturelles?

A suivre La ministre de la Culture a installé lundi le nouveau Conseil du livre, qui réunit des professionnels du secteur. Un groupe de travail sur le numérique a aussitôt été nommé pour étudier les pistes du rapport Patino qui pourraient avoir rapidement des applications concrètes.