Il était une fois dans l'Est

Olivier Mimran - ©2008 20 minutes

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L'écrivain aventurier Ferdynand Ossendowski n'avait certainement pas l'ambition de devenir un héros de BD. C'est pourtant le cas dans Taïga rouge (Dupuis), un remarquable album signé Arnaud Malherbe et Vincent Perriot. Inspiré du roman autobiographique Bêtes, hommes et dieux (Phébus) qu'Ossendowski publia en 1920, ce récit, aux accents épiques, retrace sa folle traversée des forêts de Transbaïkalie, alors déchirée par une guerre civile. Fuyant un commissaire politique zélé, le jeune géologue doit tour à tour affronter les meutes de loups, la Garde rouge, et les cruelles hordes cosaques. Heureusement, il rencontre Djam Gordou, un cavalier nomade du peuple Uriahay, dont la science des armes lui sera fort utile... et l'amitié très réconfortante. D'ailleurs, s'il revêt les atours d'un récit d'aventures aussi captivant que rythmé, Taïga rouge est d'abord une histoire d'amitié hors du commun, entre deux hommes qu'a priori tout sépare : l'un est un lettré blanc ; l'autre, un Asiatique animiste. Riche en rebondissements, extrêmement détaillé, on a du mal à croire que ce livre est l'oeuvre de deux novices. En effet, Malherbe signe ici son premier scénario de BD, alors que Perriot est, à seulement 24 ans, frais émoulu des beaux-arts d'Angoulême. Un supposé handicap qui ne les empêche pas de faire une entrée tonitruante dans la cour des grands.