Boris Bergmann: «A moi de prouver que je ne suis pas un one shot»

LIVRES Interview d’un auteur de 16 ans, si si…

Recueilli par Alice Antheaume (Vidéo: Cyprien Iov)

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Boris Bergmann, né en 1992, écrit son troisième livre
Boris Bergmann, né en 1992, écrit son troisième livre — DR

16 ans, déjà deux livres à son actif, bientôt trois. Boris Bergmann passe en classe de première L et trace sa route de scribouilleur précoce avec des ouvrages aux titres qui tapent. «Viens là que je te tue ma belle», roman couronné par le prix de Flore des lycéens l’année dernière et «Nous sommes cernés par les cibles», une nouvelle illustrée qui vient de paraître (éd. Scali, 14,5 euros). Interview.

L’année prochaine, vous passez votre bac de français. Comment réagissent vos profs au fait que vous écriviez des livres en parallèle?
Pour moi, le lycée et la littérature sont deux mondes différents. Je n’aime pas parler de mon travail littéraire en classe. Une fois, une prof y a fait une allusion devant tout le monde, j’ai fait une tête de six pieds de long. Je suis au lycée pour travailler, même si la pensée scolaire m’ennuie et même si, souvent, je dors en cours car j’écris la nuit. Ce qui m’intéresse, c’est le lyrisme et les sentiments dans les oeuvres alors trouver des axes, faire des commentaires scientifiques sur les textes, bof. Alors que dans le roman, je n’ai pas de maître.



Boris Bergmann, prix de Flore des lycéens 2007
envoyé par 20Minutes

Vous êtes souvent qualifié de plus jeune auteur français. Cette étiquette vous pèse-t-elle?
Je veux sortir de cette image de jeune parisien dandy. Pourtant, sans ma jeunesse, qu’est-ce qui m’aurait distingué des 700 autres écrivains de la rentrée littéraire? Mais aujourd’hui, je veux être un écrivain, un vrai. A moi de prouver que je ne suis pas un «one shot». C’est pour cela que j’écris un deuxième roman. Dans la création, faire un deuxième ouvrage, c’est difficile, surtout quand on a eu un peu de succès avec le premier. Puisque cela me fait peur, j’ai eu besoin de publier autre chose entre les deux. C’est cette nouvelle illustrée, «Nous sommes cernés par les cibles», une sorte de jeu estival écrite pour me détendre, où je me moque un peu.

Vous vous moquez de quoi?

Des signes de modernité, comme la mode du bio, le besoin de regarder la télé tout le temps et Facebook. Dans la nouvelle, une lycéenne est assassinée dans le hall et aussitôt, ses camarades créent un groupe sur Facebook pour lui rendre hommage. C’est ridicule, non?

Pourquoi écrivez-vous?

Ce qui a déclenché l’écriture, c’est le choc de ma rencontre avec le rock, avec les Beattles ou Stevie Wonder. Je voulais être rockeur mais je n’étais pas bon musicien. Mais quand j’ai vu que David Bowie faisait l’éloge de Truman Capote, je me suis dit «pourquoi pas les livres?» Alors j’ai passé des heures devant Wikipédia à lire des biographies d’auteur et à cliquer de lien en lien sur des noms d’œuvres. Mais on n’écrit pas quand on n’est pas en manque. Moi, c’est le manque de mon père, parti avant ma naissance et que je n’ai jamais rencontré. Je lui ai d’ailleurs écrit une lettre dans la préface de mon roman.

Pourquoi ne pas écrire un blog?
Internet ne se termine jamais. Alors qu’un roman est quelque chose de fini. D’ailleurs, le moment le plus excitant, c’est quand le livre part à l’impression et que je ne peux plus rien changer. C’est l’art du vertige.

Vous dites que vous avez marre de votre image de parisien dandy, et pourtant, vous sortez dans des endroits super branchés de la capitale.
J’adore cette ville jolie et superficielle à la fois. Heureusement que je suis né à Paris, cela m’a permis de rencontrer très vite des gens du milieu de la culture. C’est quand même plus facile pour ça à Paris qu’à Bourg-Saint-Maurice.

Normalement, avant 18 ans, on n’a pas le droit d’entrer en boîte de nuit, si?
Si vous saviez…