Philip Glass: «La question importante est: que pense le cheval?»

INTERVIEW Le compositeur revient sur sa collaboration avec Bartabas pour «Partitions équestres»...

Recueilli par Benjamin Chapon

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Bartabas et Philip Glass, aux Nuits de Fourvière
Bartabas et Philip Glass, aux Nuits de Fourvière — DR

Le compositeur américain Philip Glass était de passage à Lyon pour assister au spectacle équestre de Bartabas («Partitions équestres») qui a utilisé certaines de ses musiques. La représentation, dans le cadre du festival des Nuits de Fourvière, a été annulée à cause de la pluie. Mouillé mais serein, Philip Glass a pris le temps de répondre à quelques questions.

Vous n’êtes pas trop déçu de ne pas pouvoir assister à la représentation du spectacle équestre créé par Bartabas à partir de certaines de vos musiques?
Je connais déjà la musique, je connais déjà Bartabas… Ce sont des choses qui arrivent. J’ai de bons souvenirs de spectacles qui se sont déroulés sous la pluie. Je me rappelle un concert dans un parc à New York avec le Kronos Quartet. Nous jouions en live la musique du film «Dracula» de Coppola, devant un écran géant. Et au moment de la tempête sur le bateau, un orage a éclaté dans le parc. C’était un peu magique…

L’année dernière, ici même à Fourvière, vous aviez déjà joué sous la pluie…
Oui, et le public était resté une heure et demie sans broncher. Le public est très fort ici, il y avait une qualité d’écoute incroyable. Je me suis rendu compte qu’il avait plu à la fin du concert. Parce que quand je joue, je me coupe du monde extérieur.

Vous n’avez pas senti la pluie?
En fait, j’étais abrité, moi. Disons que je n’ai pas entendu la pluie.

Vous avez souvent composé pour des ballets. L’approche était-elle différente pour un ballet de chevaux?
La question importante est: «Que pense le cheval?» Bartabas dit qu’ils aiment la musique, mais en réalité, personne ne sait vraiment. Je sais que pendant les répétitions, ils jouent la musique très fort pour que les chevaux s’habituent.

Vous êtes vous-même écuyer?
Oh non, j’aurai bien trop peur.

Vous avez laissé Bartabas utiliser les musiques qu’il voulait comme il le voulait. Vous accordez facilement cette confiance?
Aux artistes, oui. Je laisse toute liberté aux chorégraphes. Une fois que j’ai dit oui, je n’ai plus rien à dire.

Comment vous vient l’inspiration en règle générale?
Mon inspiration est liée aux grands hommes et aux grands artistes que j’ai connus: les poètes, les chorégraphes… J’aime partager l’inspiration. Les artistes veulent souvent travailler avec moi parce qu’ils sont curieux de savoir ce que je vais leur pondre… Quand les artistes travaillent ensemble, quelque chose de spécial arrive, une porte s’ouvre. D’habitude, nous travaillons seuls. La collaboration est un moment magique. Les hommes créent eux-mêmes les conditions pour que naisse la magie.

Vous allez retravailler avec Bartabas?
Oui, sans doute. Ce soir, nous allons discuter ensemble et de retour à mon hôtel, je composerai.

Vous n’avez pas besoin d’être au calme chez vous pour composer?
Non, au contraire. Chez moi, il y a ma femme et mes enfants. Quand je suis en tournée, je suis plus au calme et j’ai du temps pour moi.

Vous ne pouvez pas vous arrêter de composer un jour ou deux?
Non. Le temps est quelque chose de «fini». Quand vous tenez un citron, vous voulez en tirer tout le jus non?

Sans doute…
Vous êtes trop jeune pour savoir que, dans la vie, vient un jour où il faut rendre le livre qu’on a emprunté à la bibliothèque.