Rokia mixe le blues à la sauce africaine

Armelle Le Goff - ©2008 20 minutes

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La voix est toujours là, grave, profonde. Et la musicalité est la même, portée, pour la majorité, par des textes en bambara, l'un des principaux idiomes maliens. Pourtant, quand Rokia Traoré parle de son nouvel album Tchamantché, elle dit avoir voulu « faire quelque chose de neuf ». De fait, Rokia Traoré est allée vers d'autres instruments et d'autres arrangements. Le mariage est réussi. En introduisant la guitare (Gretsch, Silverstone), elle obtient un son unique, mélange d'instruments africains traditionnels, qui l'accompagnent depuis ses débuts en 2003, et de sonorités folks et blues.

Un album venu d'Afrique mais fabriqué en France. A l'image de l'univers de Rokia Traoré nourri de sa vie dans l'hexagone, de ses séjours au Mali, « indispensables respirations », en passant par les pays où elle vécut au gré des nominations de son père diplomate. Synthèse parfaite de ses multiples influences, sa reprise de The Man I Love de Billie Holiday est renversante d'invention. « Je voulais que cet album change le regard des gens sur l'Afrique », explique la chanteuse, qui, dans Tounka, aborde l'immigration clandestine des Africains vers l'Europe. Loin de la pitié et de l'injustice qu'elle dit trouver trop souvent dans les discours des représentants européens.