Littell revient à sa source

Karine Papillaud - ©2008 20 minutes

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Le nouveau Jonathan Littell entièrement consacré à Léon Degrelle - nazi belge de la première heure qui a inspiré le personnage de Maximilien Aue, le héros des Bienveillantes -vient de paraître. Le Sec et l'Humide (coll. « L'arbalète », Gallimard) n'est pas une biographie à proprement parler, mais plutôt une étude analytique réalisée à partir des écrits de cet homme, qui a passé sa vie à oeuvrer pour une cause qu'il n'a jamais désavouée, le nazisme, et pour une personne qu'il n'a cessée de mettre en scène, lui-même.

Ecrivain, soldat, homme d'affaires, il affirmait avoir inspiré le personnage de Tintin à Hergé, avec qui il a collaboré avant la guerre, au sein du quotidien belge Le Vingtième Siècle. Réfugié en Espagne en 1945, Léon Degrelle y meurt dans le luxe, paisiblement et sans remords en 1994.

Le Sec et l'Humide est donc un essai, court mais exigeant. De nombreux documents largement commentés agrémentent le texte, aussi peu fantaisiste qu'un mémoire universitaire. Mais au final, on s'y laisse prendre : à travers Léon Degrelle, Jonathan Littell reconstitue la figure du fasciste au sens large du terme, en s'appuyant sur les thèses, encore non traduites en France, du théoricien allemand contemporain Klaus Theweleit. Selon lui, le fasciste est quelqu'un qui souffre de frustrations organiques ou psychologiques plutôt qu'un idéologue, aussi monstrueux soit-il.