Un boys band irakien passe à l'attaque

LIBAN Avec leur musique, ils veulent «envahir l'Amérique»...

De notre correspondant à Beyrouth, David Hury

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Les membres du boys band irakien, UTN1, lors du tournage de leur clip à Beyrouth, au Liban, en juin 2006.
Les membres du boys band irakien, UTN1, lors du tournage de leur clip à Beyrouth, au Liban, en juin 2006. — David Hury/20minutes

Ils sont cinq, et n’ont pas 30 ans. Art, Shant, Hassan, Akhlad et Nadeem – deux chrétiens et trois musulmans – forment le boys band UTN1 (Unknown To No One). Ils sont Irakiens, vivent aujourd’hui au Liban et comptent bien dépasser les frontières du monde arabe.

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Leur histoire a commencé en 1999, sous le régime de Saddam Hussein: fans de Westlife et des Backstreet Boys, ils chantent en anglais, fait plutôt rare à Bagdad où on les prend pour des fous. «Nous n’avions rien, alors nous partions en voiture en plein désert pour répéter», se souvient Hassan, le beau gosse du groupe. Pour percer sur les ondes FM irakiennes et diffuser leurs propres chansons, ils sont même «invités» à enregistrer une chanson en hommage au «raïs».

La guerre éclate au printemps 2003, et le groupe devient une bonne histoire pour les correspondants de presse à Bagdad, attirant par la même occasion l’attention d’une maison de production de Londres. Mais rien n’est simple dans le chaos irakien, et cette première opportunité anglaise ne se concrétise pas. Les cinq chanteurs rentrent alors dans le rang.

Malgré les galères, le groupe persévère

En 2004, Shant est embauché dans une entreprise d’import-export, dans le sud du pays. Un jour, un homme d’affaires étranger débarque, et Shant sert de traducteur à son patron. L’étranger s’intéresse à toutes sortes de business. Son crédo: tout ce qui peut sortir d’Irak est potentiellement intéressant. Shant sent le bon coup, et lui donne le CD du groupe, sans lui dire qu’il en fait partie: «Il est revenu me voir quelques jours plus tard, et m’a dit “Je veux rencontrer ces gars-là !”. Il a été un peu surpris quand je lui ai dit que j’étais l’un d’entre eux.» UTN1 se reforme et part à la conquête de Londres grâce au label LCI Entertainment.

Depuis, la trajectoire du boys band ressemble à un yo-yo. Mais malgré les galères administratives pour obtenir des visas pour l’Angleterre (où ils ont enregistré un album en 2006) et pour le Liban (où ils ont tourné deux clips), et les conflits régionaux comme la guerre de juillet 2006 entre le Hezbollah et Israël qui ont repoussé leurs projets, les membres du groupe persévèrent.



En 2007, «Jamila», leur tout premier single en arabe, connaît une belle carrière, et ils tournent actuellement à Beyrouth le clip de leur second single en arabe, «Loughat el-ayn» (le langage de l’œil). Ils préparent par ailleurs un nouvel album en anglais. «Le Liban est une étape pour nous, mais nous avons d’autres projets, avance Shant. Si nous pouvons aller aux Etats-Unis, nous n’hésiterons pas.» Art, son compère des débuts, conclut: «Nous allons envahir l’Amérique avec notre musique!»