Lyon: Qui est Gilda Piersanti, la lauréate du prix Quais du Polar-«20 Minutes»?

PORTRAIT L’auteure italienne, qui écrit en français, a vu plusieurs de ses polars adaptés à la télévision…

Caroline Girardon

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Gilda Piersanti, auteur italienne qui écrit en français a reporté en 2018 le Prix Quais du Polar / 20 Minutes pour
Gilda Piersanti, auteur italienne qui écrit en français a reporté en 2018 le Prix Quais du Polar / 20 Minutes pour — Aurélie Lamachere/Sipa
  • Gilda Piersanti a remporté le prix Quais du Polar- « 20 Minutes ».
  • Elle n’est pas tout à fait une inconnue des téléspectateurs puisque quatre de ses romans ont été portés à l’écran pour France 2.
  • 20 Minutes l’a rencontrée.

Ses personnages ont souvent l’âme aussi noire que ses cheveux. Quand elle ne met pas en scène des psychopathes au sang-froid redoutable ou des pervers aux moeurs douteuses, Gilda Piersanti fait naître sous sa plume, des inspectrices de police, guidées par des impulsions scabreuses. Des épouses bafouées qui commettent l’irréparable ou des mères infanticides. L’auteure italienne, qui vient de remporter le prix Quais du Polar-«20 Minutes» pour « Illusion tragique » (édition Le passage), ne s’en cache pas et en rigole même : oui, elle « aime les tordus ».

« C’est difficile de raconter le bonheur. Il est intéressant d’en parler uniquement s’il se casse. Et surtout expliquer pourquoi il ne durera pas », argumente-t-elle dans un large sourire. Ne vous méprenez pas. Si ses personnages font preuve d’une dérangeante perversité, Gilda Piersanti est la douceur incarnée. La gentillesse même. Un petit bout de femme énergique, pétillante. 

Le génie de ses romans ? « La psychologie très forte de ces personnages »

Elle n’a mis dans ses livres aucun élément autobiographique. A un détail près. Comme l’inspectrice Mariella De Luca, héroïne de la série Saisons meurtières, ce qui compte pour elle, c’est « le nombre de mètres carrés de ciel » qu’elle peut voir de sa fenêtre. Voilà pourquoi elle demande souvent de loger au dernier étage d’un hôtel lorsqu’elle se déplace en Italie, son pays d’origine ou en France, sa patrie d’adoption.

Le génie de ses romans ? « Il tient dans la psychologie très forte de ses personnages », répond Yann Brian, son éditeur. Et dans le force de la narration. « Les intrigues ne sont jamais échevelées voire complètement ahurissantes. L’explication est toujours à chercher dans les histoires de vie familiale ou de proches », poursuit-il. La romancière a pourtant l’art d’amener le lecteur où il ne s’y attend pas, lui assenant un coup de massue subtilement placé au détour d’un début de chapître. Ce qui lui a valu de décrocher le prix SNCF du polar en 2007. « Elle sait creuser ses personnages, elle s’intéresse beaucoup aux failles de l’enfance. Mais tout ça est amené de façon habile et complexe », enchaîne Yann Briand.

Tragédie grecque

Son inspiration, Gilda Piersanti la puise dans la tragédie grecque et ses mythes fondateurs : « la passion, l’accumulation de passion, le passage à l’acte ». « Personne n’est à l’abri de quoi que ce soit », explique-t-elle avouant être fascinée par « ceux qui ont besoin de remplir leur vie d’un récit dans lequel ils se donnent le premier rôle ». Les narcissiques en somme. « Ils ont une capacité très dangereuse d’asservir et manipuler ceux qui sont autour d’eux ».

C’est en observant les autres, qu’elle va piocher des idées, emportant toujours son cahier pour laisser libre court à son imagination, et écrivant « sans jamais se relire ». La phase la plus « jouissive de son travail », « le moment d’esquisse où tout doit sortir sans se mettre de freins ». Juste avant le temps de la relecture plus contraignant où elle s’astreint de travailler au moins huit heures par jour afin de « polir » son récit.

Des personnages qui lui échappent

« Beaucoup pense à tort qu’un polar doit être structuré dès le début pour arriver à une conclusion intéressante. Mais ce n’est pas vrai. Le chemin est tout aussi important que le point d’arrivée », poursuit-elle. Certaines fois, ses personnages lui échappent. La fin est imprévisible. « C’est la force du récit, l’écriture ne nous appartient pas toujours ».

Elle a choisi d’écrire en français. « C’est comme ça », rit-elle. N’allez pas chercher d’autres explications. « On n’écrit pas comme on parle. Le Français me permet de dire les choses plus facilement », tente-t-elle de justifier. Ensuite, elle traduit elle-même ses romans en italien.

Quand elle n’écrit pas de polars, Gilda Piersanti travaille sur des scénarios pour la télévision française. Quatre de ses romans ont été adaptés pour France 2. D’autres sont en préparation pour le cinéma italien. « Elle passe son temps à travailler. Elle est habitée par ses textes, ses intrigues », sourit Yann Briand. Et quand elle se repose ? « Je dévore les séries télévisées », répond malicieusement l’intéressée. Mais pas n’importe lesquelles : True detective, House of cards, Gomorra, Homeland sont les premiers noms cités. Games of Thrones, évidemment. On ne se refait pas…