VIDEO. Ni humain, ni robot,on a rencontré une nouvelle espèce d’êtres vivants à Laval Virtual

PREMIER CONTACT On a plongé dans une autre réalité pour écouter ce que ces êtres dotés d'une intelligence ont à nous dire...

Laure Beaudonnet

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Le vernissage de l'exposition Recto VRso en marge de Laval Virtual.
Le vernissage de l'exposition Recto VRso en marge de Laval Virtual. — LAVAL VIRTUAL
  • Pour sa vingtième année d'existence Laval Virtuel propose une exposition artistique.
  • Recto VRso IN expose 14 oeuvres qui utilisent la réalité virtuelle et la réalité mixte comme médium artistique.
  • Une exposition Off se tient en parallèle dans toute la ville de Laval.

Elle bouge, se transforme, apprend en se trompant, interagit avec l’homme, c’est, c’est… ? Une nouvelle espèce d’être « vivant » qu’on a découvert à Laval Virtual, l’un des plus importants salons de réalité virtuelle et de réalité augmentée dans le monde. Dotées d’une intelligence artificielle et d’un « corps » virtuel, ces entités autonomes s’expriment le mieux dans les œuvres d’art. On a donc plongé dans une autre réalité, celle de l’exposition Recto VRso organisée en marge de l’événement, pour écouter ce que ces êtres un peu particuliers ont à nous dire…

« C’est la révolution copernicienne »

Ils ont des neurones, un ADN et ils passent leur temps à nous surprendre. Qui sont-ils ? Marie-Hélène Tramus, professeure émérite à l’université Paris 8 - INREV Lab et membre du jury de la compétition Recto VRso, a travaillé pendant de nombreuses années sur l’interactivité numérique. « Pour créer des relations plus complexes avec une danseuse, par exemple, ou un personnage qui improvise une gestuelle, il fallait dépasser la simple action-réaction », se souvient-elle. C’est là que l’intelligence artificielle a un rôle à jouer. « Il y a des algorithmes connexionnistes (des réseaux de neurones artificiels) qui simulent de très loin le fonctionnement du cerveau humain, ou des algorithmes génétiques, qui simulent de très loin la théorie de la sélection naturelle de Darwin. Ces algorithmes donnent à l’entité virtuelle une autonomie ». Grâce à l’IA, l’œuvre d’art est capable d’improviser avec le spectateur.

La funambule virtuelle créée dans les années 2000 par Marie-Hélène Tramus est l’une des premières œuvres à avoir vu naître un être virtuel autonome. « Entraînée à retrouver son équilibre, la funambule a un petit cerveau avec un réseau de neurones qui apprend », décrit-elle. Quand elle se trouvait dans des situations qu’elle n’avait jamais rencontrées, elle était capable d’inventer des solutions inédites pour retrouver son équilibre. « L’œuvre invente des choses que, ni l’auteur, ni le spectateur n’ont prévu à l’avance, souligne la chercheuse. Le spectateur n’est plus au centre, l’œuvre a une autonomie, c’est une révolution copernicienne », sourit Marie-Hélène Tramus qui nous conseille de regarder du côté de la programmation off de Recto VRso pour découvrir de nos propres yeux un de ces êtres.

« Un être qui se développe librement »

Maurice Benayoun, l’artiste derrière Brain Factory, nous a présenté sa création. Le spectateur pose un casque encéphalographique sur sa tête et s’assoit en face d’un écran sur lequel s’affiche une forme organique mouvante. Elle symbolise un concept -liberté, argent, bonheur- et tente de se conformer à l’idée que le spectateur se fait de ce concept. L’appareil repère quand il pense « oui » ou « non » et va changer de forme en fonction. À chaque fois que le spectateur pense « non », la machine fait une nouvelle proposition.

« C’est un être qui se développe librement et dont on juge de la possibilité de survie par rapport à son adéquation avec notre écosystème mental », explique Maurice Benayoun. Traduction : la forme de l’œuvre suit les mouvements de notre pensée. Elle comprend l’expression électrique du « oui » et du « non » et va tenter de se conformer à notre idée de l’argent [le mot sur lequel on est tombé pendant l’expérience].

« L’œuvre a son autonomie, mais son autonomie n’a pas de sens sans l’humanité, on est dans le registre des représentations. Il n’y a qu’un juge, c’est l’homme », conclut l’artiste français. On a donc passé une dizaine de minutes à jouer avec un être virtuel dont la forme s’adaptait à notre pensée. Pendant quelques secondes, on s’est cru dans Premier contact de Denis Villeneuve. On a appris une nouvelle grammaire pour communiquer avec un être inconnu mais tout à fait passionnant.