VIDEO. Allons-nous tous céder au lapin de Pâques?

ENQUETE Le lapin de Pâques gagne chaque année du terrain sur les œufs, les cloches et les poules. Mais d’où vient-il et quels sont ses réseaux ? « 20 Minutes » a mené l’enquête…

Anne Demoulin

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Qui des cloches, des lapins ou des cocottes apportent les œufs en chocolat ?
Qui des cloches, des lapins ou des cocottes apportent les œufs en chocolat ? — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Les fêtes de Pâques riment avec chocolats. Près de 15.000 tonnes sont vendues à cette période, selon les chiffres du Syndicat du chocolat. Depuis plusieurs années, une figure semble s’imposer dans l’univers des sujets : le lapin.

Mais si on sait d’où viennent les cloches et les œufs en chocolat, on s’interroge sur la présence de ce -certes sympathique- lapin. Qui des cloches, des lapins ou des cocottes sont réellement chargés de la livraison des œufs en chocolat ? 20 Minutes a mené l’enquête et les traditions varient selon les pays.

Des œufs de Pâques, pas très catholiques

Pour appréhender les origines du lapin de Pâques, il faut commencer par parler des œufs. L’œuf est un symbole païen, de fertilité, de vie et de renaissance. Dans l’Antiquité, Egyptiens, Perses et Romains s’offraient déjà des œufs peints. En Gaule, les druides les teignaient en rouge en l’honneur du soleil.

L’œuf se retrouve aussi dans la religion juive. A Pessa’h, les Juifs commémorent la sortie du peuple hébreu d’Égypte et sur le plateau de la soirée du Seder, il rappelle le deuil de la destruction du Temple.

Dans la tradition chrétienne, les œufs sont interdits durant le Carême. Au Moyen-Âge, ils sont conservés pour être décorés et offerts à Pâques parce que les Chrétiens ont trouvé que l’œuf était le parfait symbole de la résurrection du Christ. A l’origine, il s’agit d’un simple œuf de poule, au XVIIIe siècle, il est vidé et rempli de chocolat liquide. L’œuf en chocolat tel qu’on le connaît apparaît avec le développement du moulage à la fin du Second Empire, associé à la poule ou au poussin, sous la forme de sujet en chocolat. « L’œuf en chocolat reste le sujet le plus apprécié chez les artisans », estime Sylvie Collin, secrétaire générale de la confédération des chocolatiers-confiseurs

Les cloches, de vraies grenouilles de bénitier

Dans les pays de tradition orthodoxe comme la Russie ou la Grèce, lors du repas familial du samedi saint, chacun choisit un œuf décoré : deux à deux, chacun frappe son œuf contre celui de son voisin de gauche, le dernier qui garde son œuf intact a gagné.

Chez les catholiques, à partir du Jeudi saint, qui marque le début de la Passion de Jésus Christ, les cloches sont condamnées au silence pendant trois jours en signe de deuil. En France, en Belgique et en Espagne, il est d’usage de raconter aux enfants que les cloches partent à Rome se faire bénir. A leur retour, le dimanche de Pâques, elles reviennent chargées de friandises en chocolat qu'elles lâchent dans le jardin. Et les bambins se font une joie de chercher œufs, des poules, cloches, mais aussi des lapins !

Le lapin de Pâques est un Teuton païen

En Allemagne, en Autriche, en Suède, en Suisse et en Alsace Moselle, les œufs de Pâques sont apportés par le lièvre de Pâques (Osterhase). Dans l’Allemagne préchrétienne, les Teutons vénéraient  Eostre, déesse du printemps et de la fertilité, dont le symbole était le lapin. Eostre donnera par ailleurs son nom à la fête de Pâques en Allemand (« Ostern ») et en anglais (« Easter »).

Une autre légende allemande raconte qu’une femme cacha des œufs décorés dans son jardin pour ses enfants. Ceux-ci, apercevant un lièvre, ont cru qu’il avait pondu ces derniers. En Bavière, le lièvre est remplacé par un coq, en Thuringe et Westphalie par un renard, dans la région de Hanovre, par un coucou, et au Tyrol par une poule.

Le lièvre allemand a aussi traversé l’Atlantique grâce aux huit millions d’immigrés allemands qui se sont installés dans le Nouveau monde de 1680 aux années 1900. Aux Etats-Unis, il est devenu « Easter Bunny », le lapin de Pâques qui cache des œufs dans le jardin.

Le lapin de Pâques a aussi galopé au Brésil, grâce à l’immigration germano-suisse commencée par le roi de Portugal en 1818, et poursuivie dès 1824 par l’épouse du premier Empereur du Brésil, l’archiduchesse autrichienne Marie Léopoldine d’Autriche.

En Italie, pendant la période de Pâques, on trouve aussi de sympathiques lapins qui portent des œufs, il s’agit précisément d’un lièvre variable, qui pour Saint Ambroise évoquait la Résurrection car il a la particularité de changer de pelage et de couleur au printemps.

Le lapin de Pâques n’a pas que des amis

Mais le lapin de Pâques n’a pas fait des émules partout. Dans un Mexique très catholique, célébrer Pâques avec du chocolat et des lapins n’est pas très bien vu, une grande partie de la semaine sainte y est observée. Luttant contre la prolifération des lapins qui font des ravages sur le continent, les Australiens tentent de remplacer le lapin de Pâques par le Bilby de Pâques, un petit marsupial menacé de disparition.

Selon une légende finlandaise, les sorcières (« Virpominen ») et les trolls sont de sortie entre le Vendredi Saint et le jour de Pâques. Du coup, déguisés en sorcières, les enfants sonnent chez les voisins pour recevoir des friandises.

Au Portugal, le dimanche des Rameaux, les filleuls offrent un brin d’olivier à leur parrain et un bouquet de violettes à leur marraine, en échange, le dimanche de Pâques, les parrains et marraines offrent à leurs filleuls un Folar, une sorte de brioche, symbole de réconciliation et d’amitié. Le lapin de Pâques, d’origine allemande, a donc été adopté un peu partout, mais il n’a pas encore creusé son terrier partout dans le monde.