VIDEO. «Je m'énerve pas, j'explique»... Pourquoi Israël participe à l'Eurovision

LES POINTS SUR LES I « 20 Minutes » vous explique calmement les raisons pour lesquelles Israël et l’Australie sont parfaitement légitimes pour concourir à l’Eurovision…

Fabien Randanne

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Robin est bon en géographie, mais ne pige que dalle au règlement de l'Eurovision.
Robin est bon en géographie, mais ne pige que dalle au règlement de l'Eurovision. — imgflip.com
  • Au sein du service culture et médias de « 20 Minutes », nous avons toutes et tous nos sujets de prédilection… Alors quand on a l’impression de parler dans le vide et de répondre régulièrement aux mêmes questions, l’agacement et l’irritation nous guettent.
  • Nous avons donc décidé de nous prémunir d’éventuels ulcères en lançant une série d’articles intitulée « Je m’énerve pas, j’explique », dans lesquels nous essaierons de répondre avec pédagogie et sérénité à ces interrogations récurrentes… Pour la pédagogie, on fait ce qu’on peut. Pour la sérénité, en revanche, c’est un peu plus compliqué, notre mauvais esprit reprend vite le dessus…
  • Aujourd’hui, on vous explique pourquoi Israël, tout comme l’Australie, a parfaitement sa place à l’Eurovision.

Les morceaux en lice à l’Eurovision ont beau être différents chaque année, du côté des commentaires des internautes en revanche, c’est généralement la même chanson.

Certains lieux communs et jugements de mauvaise foi qui refleurissent à chaque printemps peuvent être démontés rapidement.

Par exemple :

- « Gniagniagnia, l’Eurovision, ça existe encore ce truc ? »
- Réponse : Oui

- « Gniagniagnia, comme d’habitude, la France va encore finir dernière. »
- Réponse : La France n’a fini qu’une seule fois en lanterne rouge, c’était en 2014 avec les Twin Twin et leur chanson Moustache.

- « Gniagniagnia, pour gagner l’Eurovision, il faut une chanson qui bouge, pas un truc qui colle le bourdon aux gens. »
- Réponse : Essayez donc de danser sur les deux derniers morceaux vainqueurs et n’hésitez pas à nous montrer ça en vidéo, vous voir twister sur une chanson évoquant la déportation des Tatars de Crimée nous intrigue. Idem si vous vous déhanchez sur le Rise Like a Phoenix de Conchita Wurst… Tout ça pour dire que pour remporter l’Eurovision, il faut une chanson qui parvienne à toucher le plus grand nombre et qu’en la matière, il n’y a pas vraiment de règle. Franchement, vous trouvez qu’elle « bouge » la chanson gagnante de l’an passé ?

Et puis il y a LA question qui taraude tant de monde : « Mais pourquoi Israël participe à l’Eurovision ? C’est pas en Europe à ce que je sache (gniagniagnia) ! » Le truc, c’est qu’un grand nombre de ceux qui la posent ne veulent pas connaître la réponse. Et c’est ça qui est particulièrement énervant.

Non, l’Eurovision ne se borne pas à l’Europe

Faisons le pari : dans les commentaires sous cet article ou sur le post Facebook des internautes auront livré leurs cours de géographie en un paragraphe sans avoir pris la peine de lire ces lignes… Ne nous énervons pas, puisque c’est le principe de ce papier, et partons du principe que nous répondons à des personnes de bonne foi et non à des gens qui se serviraient de ce sujet comme un prétexte pour éructer leur antisémitisme.

Pour beaucoup EUROvision = EUROpe. Sauf que non… L’Eurovision est le nom du réseau de diffusion qui permet d’assurer des échanges d’images d’actualité entre des chaînes du monde entier ou des retransmissions en direct de rencontres sportives ou… du concours Eurovision de la chanson, qui est, dans l’usage, devenu « l’Eurovision ». Mais en dépit de cet intitulé, l’Eurovision ne se borne pas aux frontières européeennes. Pour participer, un pays doit être membre actif de l’Union européenne de radio-télévision (UER) qui organise l’événement. Ces membres actifs se trouvent en Europe, mais aussi en Afrique du Nord et au Proche-Orient.

L’Egypte, l’Algérie ou la Tunisie pourraient aussi participer

C’est ainsi que des pays qui ne sont pas (ou pas entièrement situés) en Europe concourent chaque année : Israël (depuis 1973), mais aussi la Russie, l’Azerbaïdjan, la Géorgie, l’Arménie… Pour la même raison, la Turquie a participé à une trentaine de reprises entre 1975 et 2012. Pour faire le malin ou la maligne à la machine à café, sachez que le Maroc a lui aussi été en lice en 1980. Samira Bensaïd a chanté Bitakat hob, un « message d’amour » qui n’a fini que 18e (sur 19).

Sachez-le également : parmi les autres membres actifs non-européens qui auraient le droit de pousser la chansonnette à l’Eurovision, il y a l’Egypte, l’Algérie, la Tunisie, la Libye ou la Jordanie. Là, on visualise le feu d’artifice de surprise, d’incompréhension, voir les petits « prouts » xénophobes, qui s’agitent sous le crâne de certains…

Plus foldingue encore : le Liban a failli entrer en lice lors de l’édition 2005. Aline Lahoud devait chanter Quand tout s’enfuit. Pour le coup, c’est le Liban qui s’est enfui puisque sa législation lui interdit de promouvoir des produits israéliens : la télévision libanaise avait demandé à ne pas retransmettre la chanson de l’État hébreu. Ambiance. Doléance évidemment refusée par l’UER et qui s’est conclue par un retrait libanais (pour le coup, ça fait un point pour tonton Roger qui n’aime rien tant que beugler : « L’Eurovision, c’est géopolitique et compagnie ! »)

Bon, attaquons l’autre sujet qui fâche : « Mais, gniagniagnia, pourquoi l’Australie participe à l’Eurovision ? » Beaucoup aiment citer leurs cours de géo de CE1 pour signaler que « l’Australie n’est pas en Europe, hein ! » Bravo à eux : il est important d’avoir un bon bagage de culture générale. Sachant que le concours ne se borne pas aux frontières continentales, cela devrait cependant rendre les gens plus tolérant envers la candidature du pays de Kylie Minogue.

L’Australie compte une importante diaspora européenne

Il se trouve que l’Australie a été invité à participer, à titre exceptionnel, lors de l’édition 2015, qui marquait les 60 ans du concours. Une première qui a été concluante puisque l’invitation a depuis à chaque fois été renouvelée. Cette année, c’est Jessica Mauboy qui s’y colle.

Les trolls s’agitent : « Pourquoi l’Australie et pas les Etats-Unis ou le Brésil ! ? ! » Réponse : Chers trolls, il est vrai que l’île-continent n’est qu’un membre associé de l’UER, mais là-bas, l’Eurovision y est une institution. Pour donner une idée, l’édition 2014 avait été suivie par 2.6 millions de téléspectateurs en France et par 2.7 millions de personnes en Australie (certes, une bonne partie a regardé la rediffusion – décalage horaire oblige – mais rappelons que le pays est trois fois moins peuplé que l’Hexagone). Ils étaient 4.2 millions en 2015 pour la première participation australienne et, depuis, le chiffre tourne autour des 3 millions (notons qu’un regain d’intérêt est observé en France avec des éditions 2016 et 2017 suivies par 4.9 et 4.7 millions de curieux).

« Le concours est diffusé à la télé australienne depuis si longtemps, expliquait un fan en provenance de Melbourne que 20 Minutes a croisé l’an passé à Kiev (Ukraine) où se déroulait l’événement. Il y a beaucoup d’Européens ou de descendants d’Européens qui vivent en Australie, c’est une des raisons pour laquelle le concours a dû s’installer dans le paysage. »

Franchement, voir que des gens sont prêts à faire 24 heures d’avion pour aller encourager leur candidat au milieu des numéros folkloriques moldaves et des chansons pop des pays baltes a de quoi forcer le respect. D’autant que l’Australie n’accueillera jamais l’Eurovision sur ses terres. En cas de victoire, le concours aurait lieu l’année suivante en Europe. Et l’Allemagne a déjà fait savoir qu’elle était partante pour organiser le cas échéant.

Si cela devait se produire, on ne manquera pas de vous livrer un papier répondant à la question « Mais pourquoi l’Allemagne organise l’Eurovision alors qu’elle n’a pas gagné ? » On vous répondra sans doute avec une vraie mauvaise foi qu’il vaut mieux qu’elle ne gagne pas trop souvent car, quand c’est le cas, elle a tendance à être ivre (de bonheur). Un simple prétexte pour poster cette vidéo de Lena, la dernière gagnante teutonne, passablement éméchée au moment de récupérer son trophée :

(Oui, la chute de ce papier est totalement gratuite.)